LE TOMBEAU DF FOULQUE NERRA
On montrait encore avant la Révolution, à Tabbave de Beaulieu, le tombeau de Foulque Nerra. En 1870, des fouilles furent entreprises à l'effet de retrouver les traces de ce monument souvent décrit et dessiné au cours des xvii^ et sviu^ siècles *. On découvrit, au bout de peu de temps, les substructions d*une chapelle du xrv^. siècle et, en continuant à creuser, on mit à jour un cercueil de pierre monolithe, en forme d'auge, plus large à une extrémité qu'à l'autre ; par-dessus, un lourd couvercle de pierre plate, brisé en plusieurs morceaux et percé de trous ayant servi à explorer et vider le cercueil des objets précieux qu'il pouvait contenir *. Quoique violé, ce cercueil contenait encore un crâne humain, quelques ossements, deux monnaies du xrv^ siècle, l'une de Gui 1^ de Châtillon, comte de Blois 1307-1342 , l'autre du roi Charles TV ^^ et, entres autres ornements, une petite tête de moine en pierre peinte, pouvant
1. Sur ces fouilles, toîi Congrès arr/i^o/. de France^ XXXVI' session^ Lorh^9^ et surtout A. de Salies, llUt. deFoulquesXerra, noie 132. Dans ce dernier livre, on trouvera non seulement toutes les pièces officielles relatives aux fouilles, mais des dessins et des phototypies du tombeau et des objets qu'on y a retrouvés. M. de Salies indique aussi les principaux auteurs qui, aux xvii' et xviii* siècles, ont décrit ou dessiné ce tombeau. Voir, en outre, à laBibl. nal., ms. lat. I2G62.
2. M. de Salies relève deux trous : l'un, en forme d'entonnoir étroit, a peut-être été creusé par le violateur |K>ur se rendre compte de ce que le cercueil pouvait contenir ; l'autre, largement pratiqué au centre du couvercle, lui a servi à vider le cercueil <les objets précieux que la première exploration lui avait révélés. O second trou a été rebouché à l'aide d'une grosse pierre.
3. Voir à ce sujet les indications données par M. de Salies, rectifiant le procès- verbal officiel.
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dater elle aussi du xiv® siècle ^ De ces indications, il semblait légitime de conclure qu'on était en présence d'un cercueil remontant peut-être au xi® siècle, mars remployé au xiv® : Tattribution des ossements trouvés à Foulque Nerra devait paraître plus que douteuse.
Cette attribution fut cependant formellement admise a priori par ceux qui présidèrent aux fouilles. M. de Salies, dans son Histoire de Foulques Nerra\ a tenté d'en établir rigoureusement le bien fondé ; mais les arguments qu*il a fait valoir sont d'une extrême faiblesse. lisse réduisent, en somme,. à cette constatation : depuis 1530, date à laquelle fut gravée sur cuivre une épitaphe de Foulque Nerra dont on a conservé le texte ^, jusqu'à la fin du xvui® siècle, un seul et même emplacement n'a cessé d'être considéré comme renfermant les restes du comte d'Anjou. Mais quanta prouver, soit qu'il n'y a pas eu lors des fouilles de 1870 possibilité d'erreur au sujet de l'emplacement choisi ^^ soit qu'on n'a pas pu au xvi® siècle ignorer la violation et le remploi du cercueil primitif, M. de Salies n'en a rien fait. Au lieu de considérer la présence dans le cercueil de monnaies et d'ornements exclusivement du xiv*" siècle comme un indice de remploi à cette époque d'une tombe plus ancienne, il a admis comme évident que tous ces objets « auraient été mis dans la tombe pour dater l'invention des restes du comte d^ Anjou, auquel un nouveau monument allait être élevé » après les dévastations des Anglais ^. Nous n'insisterons pas sur les commentaires pleins d'inexactitudes ^ et de suppositions bizarres dont il
1. Une reproduction phototypique en a été donnée par M. de Salies.
2. Ce texte a été publié par M. de Salies, note 130 (Cf. Bibl. nat., ms. lat. 12662).
3. Le cercueil n'a pas été retrouvé h l'endroit qu'indique Foulque le Réchin dans sa chronique (« in capitulo »).