CHAPITRE X
le but qu’il avait en vue’? Le 7 septembre, il écrivit de son château de Sottegem au prince d’Orange pour lui exprimer son regret de ne pas l’avoir vu avant son départ pour la Flandre. En se rendant dans son gouvernement, il se proposait, disait-il, de faire exécuter la convention du 23 août. Il ne se dissimulait point que ce ne serait pas sans peine, parce que l’agitation était grande et que le nombre des religionnaires, même des anabaptistes, augmentait. D’Egmont exprimait de nouveau l’avis qu’il était plus que temps de réunir les États-généraux, mais il ne lui semblait pas que la régente et ceux qui étaient près d'elle désirassent celte réunion. La princesse ne se fiait plus qu’en Berlaymont, Viglius, d’Assonleville et telles gens. Elle prétendait qu’elle était bien avertie des levées qui se faisaient en Saxe et dans la Hesse même par des habitants des Pays-Bas. Quant à lui, il ne pouvait ajouter foi à ces rumeurs, car de pareilles levées violeraient les assurances données parles gentilshommes confédérés aux chevaliers de l’Ordre qui avaient négocié avec eux. 11 faisait ensuite allusion à certaines lettres du roi que la régente refusait de communiquer. « Puisque nous n’avons « jamais fait que notre devoir, disait-il à ce propos, il faut espé- « rer que Dieu sera notre défenseur. » Il annonçait qu’il avait reçu de Louis de Nassau un écrit par lequel tous les chevaliers de l’Ordre devaient s’engager à repousser l’Inquisition. Il avait montré cet écrit au conseil. La régente était d’avis que les chevaliers ne devaient pas donner leur signature, puisque le roi lui-même s’était engagé à ôter l’Inquisition. « Que je le signe ou non, disait le comte d’Egmont, je la repousserai comme si je l’eusse signé cent fois (1). »
C’était encore une fois avec l’escorte de ses domestiques et de quelques hallebardiers que le comte d’Egmont se rendait au milieu des sectaires armés et maîtres de la plupart des églises. Ici, mille à quatre mille, là huit à dix mille hommes, munis de piques, d’arquebuses, de hallebardes, de fourches ou de maillets à pointes, assistaient régulièrement aux prêches. Il y avait tel jour que, dans les villes et les bourgades de la Flandre, plus
(1) Archives de la maison d’Orange-Nassau, t. II, p. 278-281.
LE COMTE d’eGMON'T ET LE COMTE DE HORNES.
de cinquante mille hommes armés se groupaient autour des missionnaires de Genève (1). Il ne dépendait que du comte d’Egmont, dont la popularité était sans égale, de soulever ces multitudes contre la domination espagnole et de l’anéantir. Mais il comprenait autrement le rôle que lui imposaient ses serments.
Le 8 septembre, le comte d’Egmont arriva à Gand. Depuis le dimanche précédent toutes les églises avaient été rouvertes, et les cloches avaient appelé les fidèles au service divin. Le magistrat faisait exécuter strictement l’accord conclu avec les gentilshommes confédérés. Tandis que les réformés continuaient leurs prêches à Roygem près du couvent des chartreux, Adolphe de Bourgogne, haut bailli de Gand, faisait pendre, le 7, quatre iconoclastes sur le Marché-aux-Grains. Le premier soin du comte d’Egmont fut de négocier, sur les bases de l’accord du 25 août, un arrangement avec les religionnaires pour rétablir définitivement la paix. Par son ordre, les échevins se réunirent, le 9, dans la matinée, à l’hôtel de ville, avec trois ministres et les calvinistes les plus notables, afin de conférer avec le haut bailli. Dans l’après-midi, le comte eut lui-même deux entretiens avec les ministres, qui réclamaient une ou deux églises, dans la ville même. Les conférences continuèrent le lendemain entre les ministres et les délégués du magistrat. Un arrangement fut enfin conclu, et le gouverneur de la Flandre le revêtit de sa signature. Les réformés s’engageraient à ne plus empêcher l'exercice de la religion catholique. Us s’abstiendraient de faire leurs prêches ou de tenir leurs assemblées dans l’intérieur de la ville ou dans les églises du dehors; mais ils se contenteraient du lieu qui leur serait désigué par le gouverneur ou le magistrat, lieu qui serait commode et situé près de la ville. Les prêches ne pourraient se faire que les dimanches et les fêtes, et il serait interdit aux protestants de porter des armes. Les ministres et prêcheurs devaient être natifs des Pays-Bas et
(1) Pontus Payen, De la guerre civile, etc., liv. III. — Renon de France, MS., 1 " partie, chap. XXXII. —Mémoire de défense du comte d’Egmont ( Procès , etc. , p. 134).