‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 169 sur 187 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

brutalement une première réclamation, défendit, par une apostille du 27 janvier, de présenter d’autres requêtes. Il déclarait, au surplus, qu’il connaissait la cause du comte d’Egmont par commission du roi, comme souverain seigneur du pays, et non comme chef de l’ordre de la Toison d'or.

Mais Landas ne s’était pas seulement prévalu des privilèges de l'ordre de la Toison d’or, il avait invoqué également les chartes constitutionnelles du Brabant. En supposant, disait Landas, que le comte d’Egmont ne fût pas chevalier de la Toison d’or, au moins devait-il jouir des privilèges du Brabant et comme baron de Gaesbeek et comme possesseur de plusieurs autres terres et seigneuries situées dans le duché, où il tenait son domicile la plupart du temps. Si donc Ton dépouillait le comte d’Egmont des privilèges inhérents à l’ordre de la Toison d’or, il ne pouvait, selon les privilèges du Brabant jurés par le roi Philippe II, être traduit devant aucune autre juridiction que celle du conseil souverain de cette province, où l’accusé avait son domicile et sa baronnie et où il avait été arrêté (1).

Le bruit était alors répandu dans toutes les provinces, et jusqu’à la cour du duc d’Albe, que celui-ci avait l’intention de faire transporter en Espagne les deux prisonniers. La comtesse d’Egmont saisit ce prétexte pour prendre directement son recours vers les États de Brabant et les supplier de faire respecter les privilèges que le roi lui-même avait juré de maintenir. Elle conjurait donc les États d’employer leur crédit non seulement pour empêcher que le comte, son époux, ne fût transporté hors des Pays-Bas, mais aussi pour qu’il fût reconduit dans le Brabant d’où il avait été emmené par une violation des lois fondamentales de ce pays. Elle signalait aux États qu'on se proposait de traduire le comte devant un conseil et des commissaires étrangers, contrairement encore aux privilèges du Brabant. Elle croyait enfin que le comte avait rendu de si grands services au roi et au pays qu’il méritait d’être assisté dans son bon droit (2).

(1) Supplément aux guerres civiles, t. I", p. 14.

(S) On nous saura gré de citer textuellement quelques passages de cette

LE COMTE d’eGMO.NT ET LE COMTE DE HORNES

Les États de Brabant, après en avoir délibéré, résolurent d’appuyer la requête de la comtesse d’Egmont. Ils représentèrent au duc d’Albe que cette requête était fondée sur les traités et contrats faits entre le souverain et les États, et confirmés par serment. Ils priaient donc bien humblement le lieutenant de Philippe II de faire observer tous les droits et privilèges du pays (I).

Malgré les termes respectueux de cette représentation, elle déplut singulièrement au duc d’Albe. Il l’écarta, comme il avait écarté les pétitions fondées sur les privilèges de la Toison d’or. Il prétendit que les privilèges du Brabant n’étaient point applicables non plus aux crimes de lèse-majesté (2).

requête importante. La comtesse d'Egmont s'exprimait en ces termes :

« ... La remonstrantc doutant qu'on n’obtienne aucune apostille (c’est à dire « une décision conforme aux privilèges de l'ordre de la Toison d'or) et que le « bruit court que S. E. (le duc d'Àlbe) estoit d'intention de transporter ledit « seigneur comte hors des Pays-Bas et l’envoyer par mer en Espagne, elle n’a « pas voulu omettre de le représenter à vos seigneuries afin de les faire sou- « venir qu’on traite ledit seigneur comte en diverses manières contre les pri- « viléges de ce pays, contenant les promesses et les engagements jurés^par « S. M., que tous ses vassaux, sujets et inhabilants seront ouïs et qu'on leur « fera droit et qu’aucuns de ses vassaux et sujets ne seront traités ni fera « traiter par voie de faict ou de force, mais par justice et sentence des juges « ordinaires du pays; de même que si quelqu'un fut pris dans son dit pays,

« qu’elle ne le fera, ou ne permettra pas de le transporter hors du même « pays. A l’observation de quoi et des autres privilèges, S. M. s’y est engagée « par serments... Et quoique ledit seigneur comte ait tenu son fixe domicile « dans cette ville do Bruxelles, etqu’ilsoit aussi un des principaux barons en i ce pays de Brabant, par rapport à sa terre de Gaesbeke, si est-ce qu’il a été ' « pris en celte ville, mené hors du pays et enfermé dans une prison étroite « au château de Gand, ce qui est tout à fait contre les susdits privilèges. Et par < dessus tout, les susdits commissaires et estrangers tachent de traiter son

* affaire avec précipitation, et d’une manière fort étrange, ce qui est non seule lement contre le droit commun, mais aussi contre la raison naturelle, us et « coutume du pays ; pour le tirer lui et son affaire, comme il paraît, dans un

• conseil et devant des commissaires tous étrangers, directement contre les « privilèges du pays... » Supplément aux guerres civiles, etc., t. I", p. 17-18.

(1) Supplément aux guerres civiles, 1. 1", p. 20.

(2) Viglius à Hopperus... Février 1308 dans les Analecta belgica de Hoynck van Papendrecht, 1. 1", 2 - partie, p. <10.

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