‹ Le comte de Carmagnola; et, Adelghis; tragédiesChapitre 150 sur 168 · SCÈNE V III · texte numérisé non relu

SCÈNE V III

ADELGHIS, bléssé et porté par das soldats, CHARLES. DIDIER.

DIDIER

Mon fils !

| ADELGHIS.

Mon père! je te revois! approche et donnemoi ta main.

DIDIER

Oh ! il m'est trop affreux de te revoir ainsi. ADELGHIS. ©’ Je suis comme j'en ai laissé beaucoup d'autres sur le champ deïbataille.

DIDIER

Cette blessure est donc mortelle ?

288 ADELGHIS.

| ADELGHIS.

Mortelle.

| DIDIER

, O malheureux que je suis ! è guerre atroce"! c’est moi cruel qui l’ai suscitée; c'est moi qui te tue. | | ADELGHIS.

Ce n'est ni toi, ni l'énnemi que voici : c'est votre maître à tous deux.

DIDIER

O le désiré de mes yeux! 6 cher fils, que je souffrais loin de toi! Mais un espoir me soutenait dans mes angoisses, l'espoir de te les raconter dans un meilleur temps, dans un moment de paix. |

| ADELGHIS. |

O mon père ! il est venu pour moi le moment de la paix! je voudrais seulement ne pas te laisser ici-bas terrassé par la douleur.

DIDIER

O front intrépide et serein ! è main puissante! ò sourcils qui inspiraient la terreur!

E, , ««+ADELGHIS. .

Cesse , è mon père, cesbe dete lamenter. Eh!

n'était-il pas temps pour moi de mourir? Mais toi, qui vas vivre encore, qui vas vivre prison-

ACTE V, SCÈNE VIII. 280 nier, ayant'été roi, écoute ce que j'ai à te dire : la vie est un grand secret, qui n’est compris qu’à l'heure dernière. Tu as perdu un royaume; ne le pleure pas. Quand tu en seras où j'en suis, tu sentiras, crois-m’en, se dérouler agréablement, dans ton souvenir, les jours où tu n'auras pas été roi; où Dieu n’aura point noté, sur le registre des larmes et des douleurs de la terre, de larme ou de douleur qui te soit imputée; où:ton nom n'aura point été porté au tribunal céleste par les imprécations et les plaintes des opprimés. Réjouis-toi donc de ne plus régner, de n’avoir plus à agir là où il n'y a plus rien de généreux ou d’innocent à faire, où il ne reste plus qu’à 'subir le mal ou à le commettre. Le monde est régi par'une force cruelle qui se fait nommer droit. Les aieux, de leurs mains sanglantes , ont semé J'iniquité : les pères l'ont arrosée de ‘-sang,.et le monde ne porte plus d’autre fruit que l’iniquité. Il est triste, tu l'as éprouvé, de gouverner -des hommes avilis; et cela fût-il un plaisir, ce serait un plaisir qui aurait une:fin. Cet heureux vainqueur à qui tout sourit, à qui tout applaudit, que tout favorise, que ma mort affermit sur:le trône , est un homme qui doit mourir.

D <-> DIDIBR. D os RT ‘Eh bien, soit, que je perde le trône ; mais je

290 ADELGHIS.

te perds aussi, è mon fils ; et cette perte, qui m'en consolera ?

ADELGHIS.\

Le Dieu qui console de tout. {A Charles.) Et toi.

mon superbe ennemi....

CHARLES

Je le fus, Adelghis ; mais l'inimitié envers les tombeaux est lâche et criminelle : elle est étrangère au cœur de Charles.

ADELGHIS.

Eh bien, mes dernières paroles seront donc.

des paroles amicales, qui n'éveilleront aucun triste souvenir en nous, ni dans cet infortuné ‘pour lequel j'ai des prières à te faire , pour lequel je te tends ma main mourante. Que tu remettes en liberté un si grand captif.... je ne te le demande pas, bien sùr que je te le demanderais, que tout homme te le demanderait en vain. Ta volonté est inflexible, et tu ne pardonnes point au détriment de ta puissance. Mais il y a quelque chose que tu ne pourrais refuser sans être cruel , et c'est à quoi je restreins ma prière. Que la captivité de ce vieillard soit aussi douce, ‘aussi respectée qu'elle peut l'être, telle en un mot que tu l'aurais implorée pour ton père, si le ciel t'eût condamné à la douleur de le laisser dans les fers. Mets cette tête vénérable à l'abri

ACTE V, SCENE VIII. 291 des outrages; tout homme est fort contre un malheureux. Enfin songe que mon père eut des vassaux qui l'ont trahi, et dont Ja vue serait insupportable pour lui....

CHARLES

Emporte ces consolations dans ta tombe : j'en prends le eiel à témoin ; ‘tout ce qu'Adelghis a demandé, Charles le fera. : i

ADELGHIS.

Celui qui fut ton è ennemi mieurt en priant pour toi. n°

A - ‘ do 4,

Let es, dite SCENE IX. aL

ARVIN, CHARLES, DIDIER, ADELGAIS.

M Un LU ARVIENa one soi

Invincible seigneur, les duesiet es tuetriere lombards sollicitent avec empressement l’honneur d'être admis auprès de toi.

* ApELouats, : | Charles !

| CHARLES

Que personne n'ose approcher de cette tente,

Adelghis est le maître ici : son père seul et le

ministre du pardon céleste y ont accès.

( Il se retire avec Arvin.)

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