‹ Le comte de Carmagnola; et, Adelghis; tragédiesChapitre 39 sur 168 · LES PRÉCÉDENS, SECOND COMMISSAIRK · texte numérisé non relu

LES PRÉCÉDENS, SECOND COMMISSAIRK

SECOND COMMISSAIRE

Général, si vous n’y mettez ordre à l'instant, des traîtres audacieux nous ravissent tout le fruit de notre victoire : il n’y a déjà que trop de.mal de fait. | |

De quoi s'agit-il ?

SECOND COMMISSAIRE

Nos prisonniers s’en vont par flots: chefs et soldats , tous s’empressent à l’envi de les délivrer,etil n’y a plus qu'un ordre de vous qui puisse en retenir le reste.

Un ordre de moi?

SECOND COMMISSAIRE

Hésiteriez-vous à le donner ?

Vous devez le savoir ; relâcher les prisonniers est un usage aujourd’hui consacré à la guerre : il est si doux de pardonner quand on a vaincu! et la colère est si prornpté à se changer en àmitié dans les cœurs qui battent sous le fer! Ne contestez point à des guerriers qui ont exposé leur vie pour vous.le noble droit d’être généreux; laissez à des braves l’occasion de se montrer humains.

SECOND COMMISSAIRE

Que ceux-là soient humains et généreux qui combattent pour leur propre cause; mais ici , général, c’est pour nous que l’on a combattu, et les prisonniers sont à nous.

C'est ce que vous pouvez bien aisément vous figurer ; mais c’est de quoi ne seront pas si facilement persuadés ceux quiont eu ces prisonniers pour adversaires sur le champ de bataille, qui ont senti le poids de leurs coups, qui les ont saisis avec effort de leurs mains sanglantes.

PREMIER COMMISSAIRES

Est-ce donc une guerre d'amusement et de

parade que nous faisons ? N’ést-ce pas pour ga-

Cd

AGTE KI, SCÈNE Il. ga

gner quelque chose que Venise a combattu , et sa victoire sera-t-elle une victoire inutile ? LE COMTE.

Je l'ai déjà entendue, et faut-il que je l’entende encore, cette parole ingrate, importune comme l’insecte qui, chassé une fois, revient me baurdonner sur le visage ?.... Notre victoire inutile!.... Quoi! la plus superbe armée anéantie ou dispersée, une armée à la tête de laquelle, si elle eût été à moi, bien à moi, j'aurais entrepris la conquête de l'Italie entière; l'ennemi confondu dans ses projets , et réduit, en un jour, du rôle d’agresseur à la nécessité de se défendre ; quatre généraux échappés de mes mains comme par miracle, heureux d’avoir pu fuir, et des généraux tels qu'hier encore il y avait de la glaire à prétendre leur faire tête; la terreur de ces grands noms à moitié dissipée , et la confiance de nas soldats accrue de tout ce qui a été rabattu de celle de l'ennemi : tout cela n'est-il danc rien ? N'est-ce rien que de rester les maîtres des forteresses abandonnées par les vaincus, de pauvoir choisir la place du coup décisif qui doit terminer la guerre ? Que craignez-vous de ces prisonniers relâchés ? Qu'ils retournent au service de Visconti ? Rassurez-vous : ils ne lui sont pas plus affectionnés qu’à vous; ils ne s'intéressent

pas davantage à ses succès qu’aux vôtres. S'ils ont bravement combattu contre nous, c'est que, pour tout homme qui s'est une fois rangé sous un dräpeau, il y a une voix qui crie: « Combats, et sois vainqueur. » Ils ont été défaits , ils sont libres, et vont se vendre de nouveau... Puisqu'aujourd'hui les soldats se vendent... ils appartienhent au premier qui les achètera : achetez-les, et ils combattront pour vous.

PREMIER COMMISSAIRE

Nous cràmes les acheter, le jour où nous primes à notre solde des guerriers pour les combattre.

| SECOND COMMISSAIRE. | Général , la république a mis en vous sa confiance ; elle vous regarde comme un de ses enfans, et compte que vous ferez pour elle tout ce que réclament sa prospérité et sa gloire.

Mais non pas l'impossible.

SECOND COMMISSAIRE

Et qu'y a-t-il d'impossible pour vous dans ce camp ?

Précisément ce que vous demandez : je ne puis contrarier un usage de guerre consacré , un usage cher aux soldats.

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