‹ Le Comte de Cavour et son confesseur;Chapitre 44 sur 47 · I3S LE COMTE DE CAVOUR · texte numérisé non relu

I3S LE COMTE DE CAVOUR

LETTRE DE RICASOLI AU COMTE NIGRA (l)

Turin, 2 août 1861.

Très honoré Commandeur,

Je viens de recevoir des informations d'une absolue exactitude relatives à la présence du Père Jacques à Rome. Il a eu une première audience du Pape qui lui demanda si Cavour s'était réellement confessé. Sur la réponse affirmative qui lui fut faite, il voulut savoir si, comme il le devait, il avait rétracté son action à l'égard de l'Église, parce que dans ce cas il faudrait donner de la publicité à cette rétractation. Le Père Jacques répondit : « Que ce que Cavour lui avait confié sous le sceau de la confession devait rester secret. Que le Pape luimême ne pouvait le forcer à le lui révéler. Que le Saint-Père devait trouver suffisante l'assurance que lui (le Père Jacques) lui donnait d'avoir agi en pleine connaissance et d'accord avec sa conscience de catholique. Cette réponse exaspéra le Saint- Père qui mit fin à l'audience.

Le Père Jacques reçut peu après l'ordre de se présenter devant le Saint-Ofïice (Inquisition) et le Pape manda auprès de lui le secrétaire de l'Inquisition, qui convoqua à son tour les inquisiteurs. Le

(i) Cette lettre a été publiée par Tabarini, Epistolario del Ricasoli, vol. VI, p. yy.

Père Jacques eut à subir un nouvel interrogatoire devant le Saint-OfiSce. On lui demanda à nouveau de déclarer que le comte s'était rétracté et, comme il persistait à rester inébranlable, on le menaça de sévir contre lui.

Entre temps, on lui fit quitter l'Aracœli, où on le traitait avec toute sorte d'égards et on l'envoya à San-Francesco à Ripa.

Le consul d'Italie à Rome me télégraphia pour me dire que la liberté du Père Jacques lui semblait en danger et me demander s'il devait le faire partir. Je répondis en le chargeant de recommander au Père Jacques de faire son devoir de prêtre, tout comme moi, en ma qualité de chef du gouvernement italien, je ne manquerai pas au devoir qui m'incombe de protéger un citoyen italien. Le consul put ainsi tranquilliser le bon Père.

Le Pape le fit appeler de nouveau hier matin. Il revint à la charge et lui demanda de nouveau une déclaration sur la confession de Cavour et le Père Jacques de répondre : « Je ne peux rien faire contre ma conscience. "

Le Pape congédia le Père en lui disant : « Vous cesserez l'exercice de votre ministère », et il l'autorisa à partir !

Ces nouvelles, qui sont absolument certaines, doivent nous donner, à nous, beaucoup à penser.

RiCASOLI.

Page 1