CHAPITRE XIN
Monsieur de Niagara
Connaissez.voùs M, de Niagara ?
Je parie cent sous que vous n’en savez rien.
Reportons-nous à 1709.
Les habitants de la N ouvelle-France, menacés par les Anglais et par les Iroquois, se réfugiaient au besoin dans les forts, nombreux à cette époque. : ee |
Les forts de La Prairie de la Madeléine’ et de Chambly sont seuls en cause ici.
M. de Bergères venait de succéder au Sieur de Périgny, dans le commandement du fort de - Chambly. se Ce M. de Bergères, se trouvant quelques an nées auparavant au poste de Niagara, avait fait l'acquisition d’un jeune chien, de bonne race, fils de Vingt-Sols, chien de garde, à Niagara.
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Le jeune chien suivit son maitre à Chambly.
Devenu yrand, il sortit un jour du fort et s’avenlura dans les bois, si loin, qu’il arriva ‘inopinément au fort de La Prairie de la Madeleine.
Le chien du commandant de Chambly n'était
pas un inconnu pour plusieurs des soldats de La Prairie.
«Tiens, le chien de M. de Bergères, » s'écrie-ton. « Mais, il arrive seul ! Il'a dû suivre quelques Français qui auront été surpris par les Iroquois ! »
Le- commandant de La Prairie est averti. La
nouvelle fait sensation dans le fort. On se consulte. Les communications, très difficiles alors, ne permettaient pas d'exposer inutilement les soldats.
Une idée lumineuse traversa le cerveau. du commandant... sans doute : « Ce chien a pu venir ici, il peut retourner à Chambly : M. de Bergères saura, par lui, à quoi s’en tenir. »
Immédiatement, on écrit une lettre adressée * au commandant de Chambly, on l’attache solidement au col du nouveau postillon, et, pour lui enlever toute distraction sur la route, on lui
donne un copieux repas ; puis... on lui adminis tre une demi-douzaine de coups de fouet... en lui faisant prendre la direction de Chambly.
Le caniche docile eut bientôt parcouru les quaire lieues qui séparent La Prairie de Chambly ; il entre dans le fort, et court joyeux à M. de Bergères, ébahi !
La lettre est lue avec avidité. Elle demandait une réponse.
Il parut tout naturel à M. de Bergères de con. fier cette réponse au fils de Vingt-Sols, en suivant la rubrique... énoncée -- sans doute — dans la lettre reçue de La Prairie. Toute précaution prise, on le fustigea donc en le forçant à reprendre le chemin de La Prairie où il se rendit en effet, à la grande joie des soldats du fort rassurés par la réponse de M. de Bergères.
Avec une nouvelle lettre au col, — après les cérémonies d'usage — le chien de M. de Bergères revenait à Chambly, et, le service de la malle se trouvait régulièrement constitué entre les deux forts.
Un service en appelle un autre.
Le commandant de Chambly fut prié d’inser1re le nouveau postillon sur le rôle des soldats du fort, avec droit à une ration régulière trois fois par jour. Le commandant y consentit, et le fils de Vingt-Sols fut inscrit sous le nom de Monsieur de Niagara !
Il fut entendu, dès le principe, que Monsieur de Niagara pourrait assister aux revues, mais qu'il serait dispensé des exercices !