‹ Le comte de Clermont (volume 2)Chapitre 10 sur 51 · LE TEMPS PASSÉ · texte numérisé non relu

LE TEMPS PASSÉ

Cléon, père de Léandre.

Mme Roquentin,

Isabelle,

Léandre,

Dorinette,

Drillot,

M. Mollin.

M'-* Asvedo.

M^^e Marchais.

M. Bazin.

Mlle Descoteaux.

M. Laujon.

Personnages figurant dans le divertissement.

MM. Bazin, de Bressay, Laujon, Marchais, le chevalier de

La Tour, Richer, Mollin.

Mmes Marchais , Le Duc cadette. Descoteaux, Le Clerc,

de Villemont, Asvedo.

Voilà tout ce que le manuscrit de l'Arsenal nous a révélé sur les spectacles de Berny. Reprenons maintenant le cours de nos annales, qui viennent heureusement compléter et éclairer ces curieux documents inédits.

Octobre 1750. — Le 6 octobre je fus à Berny pour y voir jouer une comédie que le comte de Clermont, prince du sang, y faisait représenter et dont on assurait qu'il était l'auteur. Mlle Le Duc, sa maîtresse, me dit qu'elle était entièrement de lui et que personne n'y avait mis la main. Je veux le croire pieusement : cependant il y a dans cette pièce une sorte d'intelligence du théâtre que le seul usage peut donner; j'y trouvai aussi un style un peu formé , qui me fit soupçonner que M. Dromgold, secrétaire des commandements du Prince, n'avait pas nui à la composition de cette comédie. Ce ne sont pourtant que de faibles et très-faibles conjectures, et il peut bien être que le comte de Clermont soit véritablement et uniquement fauteur; la pièce est assez mauvaise pour cela.

Le plan en est mal combiné, rempli d'inconséquences, et n'a rien de neuf; les caractères aussi vieux et aussi communs que le plan; un dialogue mal fait et un dénoûment misérable. Il y a pourtant quelques situations théâtrales, ou plutôt quelques scènes, surtout deux, dont on pouvait tirer parti si elles avaient été bien amenées et mieux liées au plan. Enfin beaucoup de froid, ce qui est le plus grand défaut de quelque ouvrage que ce soit. Cette comédie est intitulée Barbarin, ou le Fourbe puni. Elle est en trois actes et en prose. Le vieux Duchemin et Gaussin y jouaient et n'aidèrent pas peu à réchauffer la pièce.

Rozely y jouait le principal rôle; le chevalier de Bonnac y faisait l'amant, et M'ie Le Duc la cadette, la soubrette.

{Journal de Collé.)

Comparez la distribution indiquée ici avec celle que nous avons donnée ci-dessus d'après le prologue que nous publions et qui se rapporte aux premières représentations de la pièce, dans son état primitif, en deux actes.

Janvier 1751. — Le 3 du courant, je passai depuis neuf heures du matin jusqu'à midi et demi tête à tête avec M. le comte de Clermont. J'avais déjà eu, quelques jours avant les fêtes de Noël, une autre séance avec ce Prince. M'i^ Le Duc, qui m'avait entendu dire du bien de sa comédie de Barbarin, lui avait mis en tête d'exiger de moi mon sentiment sincère et même une critique de sa pièce. Elle m'avait préparé là une commission délicate et à laquelle je n'aurais pas donné mon consentement si elle me l'eût demandé et m'en eût prévenu. Je fus effectivement fort embarrassé quand ce Prince me parla sur ce ton et d'un façon très-pressante; je me défendis longtemps sur mon insuffisance, le peu de sûreté de mon goût, etc. Tout cela fut inutile, il fallut obéir; je n'étais pas à mon aise, et j'aurais volontiers, ne connaissant pas le Prince, aimé autant qu'un autre eût été chargé de cette commission. Je m'en tirai pourtant, moins par mon adresse (car je n'en ai guères) que par la bonhomie du comte de Clermont, si je puis me servir de cette expression. Comme je vis qu'il écoutait la critique, la discutait ou s'y rendait avec docilité, je m'enhardis si bien à lui en faire, que je puis me vanter de lui avoir dit avec vérité tout ce

que je pensais. Je lui parlai vrai sur tous les endroits de la pièce qui étaient susceptibles de correction, et lui marquai plusieurs longueurs à retrancher : quelquefois il se rendait sans réplique; d'autres fois il raisonnait, et très-judicieusement, sur la critique que je lui faisais, et m'a fait revenir même des choses que j'avais blâmées sans raison. Il avait bien cependant les entrailles de père pour son ouvrage, soit qu'il se rendît ou se défendît. Je n'ai point vu, au reste, dans aucun auteur, autant de bonne foi. de douceur, de docilité et de politesse, qu'il en mit dans toute cette discussion.

Après l'examen de sa pièce, je pris la liberté de lui conseiller de raccourcir beaucoup le dénoûment ; je lui montrai la facilité qu'il y avait d'ôter, de rapprocher et d'élaguer les six ou sept dernières scènes. Il goûta le plan que je lui en faisais et me pria de le mettre à exécution. Je m'en excusai le plus respectueusement que je pus; mais, à la fin, il m'en pressa si fort que je m'en chargeai.

Le 8 il me fit venir à Berny, et nous relûmes sa comédie avec les changements que j'y ai faits, et surtout le nouveau dénoûment. Il avait copié les corrections de sa main, et elle sera jouée le mois prochain à Berny de cette dernière façon. Je crois qu'elle sera beaucoup mieux ; mais si c'était mon ouvrage et que j'y pusse mettre le fer comme je voudrais, j'y ferais bien d'autres changements. Il y a cependant des choses que je ne pourrais mieux faire et que je serais peut-être incapable d'imaginer et de faire aussi bien; j'ai surtout en vue, dans ce que je dis là, une scène de peur entre un valet et une suivante; cette scène est très-naturelle, très-théâtrale et bien vivement rendue. Il y en a encore une autre entre l'amant et la maîtresse dont le fond a bien son mérite, mais il faudrait qu'elle fût mieux amenée et qu'elle fût aussi mieux traitée et moins longuement.

{Journal de Colle.]

DÉCEMBRE 17^1. — Le 18 je fus à Berny : on y jouait Barbarin tel que je l'ai accommodé. La pièce est moins mal qu'elle n'était auparavant, mais cela n'est pas bon encore, tant s'en faut; j'en ai même porté ci-dessus un jugement un peu trop indulgent

Je suis sûr aujourd'hui, au reste, que cette pièce n'est point du comte de Clermont, j'en suis sûr à n'en point douter : elle est de M. Dromgold, gentilhomme attaché à Son Altesse, homme de mérite, d'esprit et plein de probité. Il est vrai qu'il l'a faite en présence du Prince, qui y ajoutait ou retranchait un mot quelquefois et qui le troublait plus qu'il ne l'aidait. Quand cette comédie a été achevée. Son Altesse l'appela simplement notre pièce, et il a fini par l'appeler ma pièce. En sorte qu'elle a été jouée autant sous le titre de la pièce du Prince que sous celui de Barbarin ; et je suis bien persuadé qu'il s'est fait accroire à lui-même qu'il en était l'auteur, et qu'il n'en doute plus actuellement. Ce qu'il y a de très-certain, toujours, c'est qu'il en reçoit les compliments; et dès l'année dernière il reçut les miens très-affirmativement.

{Journal de Collé.)

Pour ne pas diviser les passages du journal de Collé relatifs à la come'die de Barbarin^ nous avons un peu reculé les notes de police suivantes, auxquelles fait allusion le rapport où Meusnier raconte le témoignage de sympathie donné par Laujon à M"^ Le Duc dans les bosquets de Berny.

21 Novembre 1748. — La demoiselle Le Duc, ci-devant à l'Opéra, demeure rue de Richelieu, près le boulevard. Depuis six années cette demoiselle est entretenue par M. le comte de Clermont, abbé commendataire de Saint-Germain des Prés. Elle en a eu une fille qui a environ quatre ans (nous avons vu que cette enfant mourut en 1749). M. de Clermont fournit généralement à toutes les dépenses de sa maison ; on estime qu'elles montent, année commune, à plus de vingt mille livres. Il y couche et y mange fort souvent lorsqu'il est à Paris.

Depuis deux mois, ils sont à Berny, maison abbatiale de M. de Clermont, près Sceaux. Ils n'en doivent revenir à demeure que dans les premiers jours du mois de janvier prochain. Ils vont et viennent de Paris à cette maison.

On assure que la demoiselle Le Duc entretient un commerce secret avec un monsieur qui demeure rue Saint-Marc, quartier Montmartre , et qu'elle lui donne avis par écrit des jours d'abaence de M. de Clermont. Ce fait sera vérifié à leur retour de la campagne.

La maison qu'elle occupe à Paris lui appartient; elle est fort belle et bien logeable. M. de Clermont en a fait l'acquisition en sa faveur.

Elle a encore une fille, âgée d'environ neuf ans, mais elle n'est pas du bail de M. de Clermont. On croit qu'elle est de M. le président de Rieux, son prédécesseur.

14 JANVIER 1749. — Il a été vérifié depuis le retour de la demoiselle Le Duc à Paris, c'est-à-dire depuis le i^"^ janvier, que ce monsieur s'appelle de Pont-Jourdain, écuyer de main chez le roi.

Il demeure rue Saint-Marc, la première porte cochère àgauche en entrant par la rue de Richelieu. Il se rend exactement chez

la demoiselle Le Duc toutes les fois qu'elle lui fait savoir que le comte de Clermont n'y est pas attendu.

{Journal de police. Inédit.)

DÉCEMBRE lySo. — A propos d'une épîgramme du chevalier de Resseguier, reprochant à M"^^ de Pompadour d'étaler dans son château de Belle- Vue

La substance du peuple et la honte du Roi,

Barbier, scandalisé à son tour, nous régale de cette curieuse protestation :

— A l'égard de la honte, que veut dire le public, qui, en général, doit toujours être regardé comme un sot par les gens

sensés? Si c'est parce que le roi a une maîtresse mais qui

n'en a pas, hors M. le duc d'Orléans qui vit retiré à Sainte- Geneviève et qui est très-méprisé avec raison ?...

M. le comte de Clermont, abbé de Saint-Germain des Prés, a publiquement M''^ Le Duc, qui était une danseuse à l'Opéra ; elle passe les trois quarts de l'année à Berny, maison de plaisance de l'abbé, où elle tient et fait les honneurs de la table; elle a une belle maison dans la rue de Richelieu, où le Prince passe quelquefois huit jours. On y fait des concerts. Les Pères de l'abbaye qui ont affaire au Prince viennent l'y trouver le matin ; le Prince ne loge point dans le palais abbatial. Cela se passe au vu detout le monde, et l'on ne dit mot. Sur vingt seigneurs de la cour, il y en a quinze qui ne vivent point avec

leurs femmes et qui ont des maîtresses; rien n'est même si commun à Paris entre particuliers. Il est donc ridicule de vouloir que le roi, qui est bien le maître, soit de pire condition que ses sujets.

{Journal de Barbier.)

Nous n'avons pu reconnaître précisément quel était cet hôtel de la rue de Richelieu où Tabbé de Saint-Germain avait établi son domicile conjugal, mais nous supposons, non sans quelque probabilité, que ce pouvait être l'ancien hôtel Sonning. Il est certain toutefois que le Prince n'abandonna pas pour cela sa résidenee officielle de l'abbaye. Voyez notre appendice (A).

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