BERNY
« Est la maison de plaisance des abbés de Saint-Germaindes-Prés. La façade présente dans son milieu un corps avancé plus élevé que le reste de l'édifice, qui est l'un des premiers ouvrages de François Mansart. Quatre pavillons occupent les côtés du château, en face duquel est un canal fourni par la petite rivière de Bièvre, qui tombe en cascade sous le balcon d'un des deux pavillons qui le terminent. Ce canal borde les bois et sert de clôture au parc de ce côté-là.
« Sur la droite de la cour s'élève un portique d'architecture servant d'entrée au jardin et décoré de huit frontons ornés de bustes de marbre; dans les niches sont six figures d'après l'antique.
a Le jardin n'est pas d'une grande étendue. On trouve d'abord un bois coupé de quantité d'allées formant des salles, des étoiles et des carrefours fort agréables ; on y a réuni plusieurs sortes de jeux, tels que l'escarpolette, la bague et l'arc.
a Au bout de ce bois se présente un très-grand bassin rond avec un champignon au milieu , et le reste du terrain est occupé par un joli labyrinthe.
ce En face du château sont quatre pelouses de gazon ornées de vases, et dans leur centre il y a une pièce d'eau.
APPENDICE A l63
« Le potager est d'une grandeur considérable avec un bassin au milieu.
« Les quinconces d'ormes plantés des deux côtés du grand chemin forment un très-bel aspect et une agréable entrée à ce château.
ce Du temps du cardinal de Furstemberg, abbé de Saint- Germain, Berny était orné de fontaines et de pièces d'eau qui ont été depuis supprimées. On distinguait, entre autres, une île entourée de onze jets et située dans un boulingrin à l'extrémité d'un grand miroir d>au. Le théâtre de fleurs, rangées sur deux rangs de gradins à trois étages, était visité des curieux, tant pour sa beauté que pour sa décoration, qui changeait tous les mois.»
Nous connaissons cinq vues différentes du château de Berny : trois dessinées et gravées par Silvestre, quand le château appartenait au président de Bellièvre, c'est-à-dire vers 16^3 ( I . entrée ; — 2 . côté de l'étang ; — 3 . côté du jardin) ; deux dessinées et gravées par Pérelle, beaucoup plus tard, vers la fin du XVII« siècle (i. côté de Tétang; — 2. côté du jardin). Il y a des différences notables dans les bâtiments : un pavillon carré du côté du parc a disparu, et deux petits dômes ont été ajoutés à la façade sur la cour. Toutes ces vues sont fort joliment gravées et d'un aspect charmant ; l'une de celles de Silvestre (côté de l'étang) est reproduite assez grossièrement dans la Topographia Galliade Zeiller.
Le château seigneurial et abbatial de Berny était doublement désigné au pic révolutionnaire, qui exécuta consciencieusement son œuvre. Il ne reste plus aujourd'hui de ces beaux bâtiments qu'un fragment de 1 aile droite, déshonoré par de hideux replâtrages, affublé d'une haute cheminée de brique et, pour comble d'humiliation, transformé en vulgaire moulin!
Et pourtant ce triste débris a conservé un cachet d'élégance
et de grandeur qui fait pâlir dans leur gloire les triomphantes auberges du voisinage, malgré leurs façades blanchies et leurs enseignes dorées oii resplendissent le bœuf et le mouton couronnés, digne blason des marchands de bestiaux qui les fréquentent. L'un de ces abreuvoirs à bouviers s'étale effrontément sur le terrain de l'ancienne avenue, laissant à peine un étroit passage pour arriver au ci-devant château, devenu d'évèque meunier.
Les bosquets, les jardins ont disparu, ainsi que le canal qui bordait la cour d'honneur ; quelques lignes de grands arbres, un fossé à demi comblé, marquent seuls aujourd'hui les limites de l'ancien parc.
Mutilés et dégradés, mais encore debout vis-à-vis l'un de l'autre au milieu de ces belles prairies dont ils furent j^adis les maîtres et seigneurs, Berny et Tourvoie attachés à la glèbe, taillables et corvéables à leur tour, semblent pleurer de compagnie leur faste et leur grandeur passés. En attendant que la dernière voûte s'écroule, que le dernier fronton se disjoigne, Tourvoie fait de la brique, Berny fait de la farine, et tous deux expient par ce travail forcé, sous l'aigre sifflet de la vapeur, leur folle existence d'autrefois.