ACTRICES
I Les Meunières.
\ Les Soubrettes.
Mlle Le Duc, cadette. \ Les Coquettes.
I Les Ridicules.
^ Les Cassandres dans les parades.
Mlle ASVEDO.
M"e LaMY.
M"e Descoteaux.
Les Ridicules.
Les Soubrettes en second.
Les rôles sensés.
Les secondes Amoureuses.
Les Mères.
Les premières Amoureuses.
Les premières Soubrettes.
Les jeunes Paysannes.
Les rôles chantants dans les opéras et opéras-comiques.
1 Les Soubrettes.
) Les Amoureuses en second.
Les Agnès.
Les Gilles niais dans les parades.
!Les Amoureuses.
Les rôles chantants dans les opéras et opéras-comiques.
Nous avons reproduit tel quel ce tableau qui figure en tête de notre manuscrit, mais il est loin de présenter l'ensemble de la troupe; les notes de Collé, les distributions que nous publions ci-après, et les indications jointes aux rôles conservés dans le même recueil, nous permettent d'y ajouter les noms de :
Messieurs
Bâtonnet, — Bazin, — Bernault, — de Billy, — le chevalier de Bonnac, — de Boulainvilliers, — de Bressay, — du Buisson, — Cagnette, — de Chaumont, — de Comeiras, — Deshaules, — Duchemin (le vieux), — le comte de Fumel, — le chevalier de Fumel, — Gourdin, — Hugues, — de La Tour, — le chevalier de Laurès, — Le Brun, — Carie Le Duc. — Moreau, — de Polignac, — Richer, — Roussel (aîné), — Roussel (cadet), — Rozely, — de Sainte-Croix, — de Varenne.
Mesdames
Bernault, — Danitot, — Folio, — Fouré, — Gallodier, — Gaussin , — Girard, — Lavault, — Le Clerc , — de Marchais, — Timenne, — de Villemont, — de Varenne.
Et, pour la danse seulement, M''-^ France et de Ligne.
La plupart de ces noms nous sont inconnus ; nous n'avons pas cru nécessaire d'entreprendre à ce sujet des recherches de longue haleine. Nos lecteurs, rari, sed électif y suppléeront sans doute de leur propre fonds. Voici ceux et celles sur qui nos notes nous ont fourni quelques renseignements :
— Le vieux Duchemin, comédien estimé, retiré du théâtre depuis 1740, avait dirigé pendant quelque temps une troupe à Fontainebleau. Il profita du voisinage, dit Barbier, pour se ménager des protecteurs à la cour. C'est ainsi, sans doute, qu'il se lia avec le comte deClermont. Il mourut en 1754. Son fils, comédien aussi, avait épousé la Duclos.
— Montet, dit Rozely, acteur noble et fort aimé du public, avait débuté en 1742. Il fut tué en duel en 1750, dans une rue proche Saint-Sulpice, par
son camarade Ribout, pour un rôle qu'ils se disputaient.
— Madelaine Gaussin n'avait guère moins de quarante ans à cette époque où nous la voyons jouer, dans les deux troupes rivales de Bagnolet et de Berny, les Cassandres et les Gilles niais, sans préjudice de rôles plus sérieux et à seule fin, sans doute, de retremper aux gaudrioles de tréteaux ses lèvres fatiguées de tirades sublimes. La fille du laquais de Baron et de la soubrette de M^^^ de Fry pouvait bien regretter sa vase natale, comme les carpes de Versailles et la veuve de Scarron ; mais convenons qu'il est assez piquant de voir une comédienne venir s'encanailler chez les princes du sang. Le comte de Clermont avait été le premier amant qualifié de la Gaussin, lors de son entrée à la Comédie-Française; mais elle avait déjà bien détaillé auparavant, à ce que prétendent les rapports de Meusnier.
— Le chevalier de Montazet jouait bien, chantait mieux encore, dansait même à l'occasion, et nous paraît avoir été, depuis l'origine jusqu'à la clôture définitive de ces spectacles, en 1 7 Sy, la pierre angulaire du temple comique et lyrique de Berny.
Voici la note que lui consacre ï Armoriai général de d'Hozier : « Antoine de Malvin, appelé le chevalier
de Montazet, né le 9 octobre 171 5, entra dansle service, en qualité de lieutenant dans le régiment du Maine infanterie, le 24 juillet 1733, devint capitaine dans ce régiment en 1735, et capitaine des gardes de Son Altesse sérénissime Monseigneur le comte de Clermont le 19 décembre 175 1; colonel du régiment d'Enghien le 7 mai 1758 (après le comte de Polignac), brigadier des armées du roi le 2 mai précédent^ et maréchal de camp au mois d'avril 1761.» Nous le retrouvons, sous le titre de comte de Montazet, dans la promotion de lieutenants généraux faite le 18 juin 1780. Il vivait encore à l'époque de la Révolution ; on trouvera ses états de service détaillés dans le tome VII^ delà Chronologie militaire, car, — autre singularité, qui ne sera pas la dernière, — ce sont ces tables de la gloire qui vont nous servir de tablettes dramatiques.
— Nous connaissons Laujon , et nous connaîtrons bientôt M. Dromgold ou de Romgold. C'était un gentilhomme de beaucoup d'esprit , attaché au comte de Clermont en qualité de secrétaire de ses commandements et, comme tel, appelé à l'honneur de collaborer aux œuvres littéraires de Son Altesse.
— M. d'AiGuiRANDEs , dont il a été question dans nos lettres, était, en temps de guerre, capitaine de cavalerie dans le régiment du Prince, et, en
temps de paix capitaine de ses équipages de chasse.
— M"^ Lamy , fille de condition , pauvre mais vertueuse — dit-on — jouait la comédie et chantait l'opéra-comique comme une artiste de profession. La rigoureuse susceptibilité de sa famille lui interdisant le théâtre, elle trouvait à Berny un asile honorable qu égayaient àl'envi sa jeunesse, sa beauté, ses grâces et son esprit. C'était payer en belle monnaie la généreuse hospitalité du Prince.
— Deux sœurs Gallodier brillaient à cette époque dans le monde galant; l'une, probablement celle qui figure ici, appartenait à la Comédie-Française — nous ne savons à quel titre les rapports de police lui donnent cette qualité, mais aucun catalogue ne la mentionne. — L'autre, glorieusement notée parmi les filles à la mode, eut longtemps pour amant le comte d'Hoym, le célèbre bibliophile.
— Une demoiselle de Varenne et une Le Clerc figurent aussi dans la pléiade des impures livrées aux enquêtes intimes de MM. Lajanière et C'^. La première, fille de Pelée de Varenne, procureur demeurant rue Regrattière (île Saint-Louis) , avait été enlevée par le comte de Charolais, qui la fit passer de la maison paternelle dans un appartement de la rue Saint-Thomas du Louvre, où elle exerça bientôt pour le public. Mais l'identité de ces filles
avec nos actrices est trop douteuse pour que nous jugions utile d'insister, et même, comme nous trouvons ici à côté de M"^ de Varenne, un M. de Varenne, nous croirions plutôt qu'il s'agit d'une demoiselle de Varenne « lillede condition etsans biens, « proche parente de M. de Varenne, colonel du ré- « gimentde Lorraine et ayant elle-même un ou deux «frères au service. » Cette demoiselle, d'après une note du portefeuille inédit du comte d'Argenson, serait devenue plus tard la maîtresse en titre du vieux prince de Grimberghes (i), qui lui laissa par testament un legs de deux cent mille livres. La duchesse deChevreuse, héritière naturelle, pour s'opposer à l'effet de cette donation, fit intervenir M. de Saint- Florentin et les lettres de cachet, dont ils furent l'un et l'autre sévèrement blâmés en cour. La demoiselle de Varenne menait d'ailleurs une conduite équivoque; elle avait dû quitter le couvent des Petites Cordelières , où elle demeurait, pour absences fort mal justifiées.
— Louis-Augustin Errard, baron, puis marquis de Ray, né en 1722, entré cadet de la colonelle au régiment d'Enghien en 1740, devint enseigne en
(i) Louis-Joseph d'Albert de Luynes, né en 1672, créé prince de Grimberghes (en Brabant) en 1730, mort en 1757 ou 1758, âgé de plus de quatre-vingts ans, sans enfants de son mariage avec une fiile du prince de Berghes.
3o SECONDE PARTIE
1741 et capitaine en 1743, prit part aux sièges et batailles du comte de Clermont en Flandre et en Allemagne, jusques et y compris Grevelt; il venait d'être fait brigadier, en février 1739, quand il fut tué à Bergen au mois d'avril suivant.
— François- Alexandre , comte de Polignac, d'abord lieutenant de vaisseau, fut attaché en 1744 au régiment de Clermont-Prince et devint en même temps premier gentilhomme de la chambre du comte de Clermont. Il suivit son maître aux sièges de Menin, d'Ypres, de Furnes et de Fribourg. Il prit une part active aux campagnes de 1745-46 et fut chargé de porter au roi la nouvelle de la prise de Namur, commission qui lui valut le grade de brigadier (septembre 1746). Il était encore avec le Prince à Raucoux et à Lawfeld. Nommé colonel du régiment d'Enghien, le 23 janvier 1750, après la mort du jeune comte de Billy, il conserva ce régiment jusqu'en 1758, époque où le comte de Clermont, partant pour commander l'armée de Hanovre, le fit maréchal de camp. Il coopéra en cette qualité] aux défaites de Minden et de Crevelt, et quitta le service avec son patron. C'était le favori du Prince.
— Il n'y avait plus, à l'époque qui nous occupe, devrais Boulainvilliers; le célèbre comte de ce nom
était mort en janvier 1722 et ses deux fils avant lui sans laisser de postérité. Sa seconde fille, Suzanne, ayant épousé notre ancienne connaissance le président de Rieux, fils de Samuel-Bernard, apporta dans cette maison le nom de Boulainvilliers et la seigneurie de Saint-Saire. C'est le fils du président de Rieux dont il s'agit ici, et par conséquent le beau-fils (à la mode de Cythère) de la châtelaine de Berny. Il avait porté successivement tous ces noms. « Un masque, lisons-nous dans le journal de Collé (mars 1749), l'aborda et lui dit: « Oserai-je (c demander à monsieur de Rieux s'il a appris de « M. de Saint-Saire comment se porte M. deBou- (c lainvilliers? » Collé a un peu embrouillé tout cela, et son éditeur a imprimé Saint- Faire pour Saint-Saire. On sait que c'est au château patrimonial de Saint-Saire que naquit le comte de Boulainvilliers.
— Le COMTE ET LE CHEVALIER DE FuMEL, fils de CC
généreux comte de Fumel qui 3iYdiix ébauché IslLqDuc lors de son entrée à l'Opéra, se trouvaient par conséquent aussi en famille au château de Berny. L'aîné, Joseph, mestre de camp du régiment de cavalerie de son nom, devint plus tard, en 1759, mestre de camp de Clermont- Prince, et maréchal de camp en 1762. Il est qualifié dans ses dernières années
marquis de Fumel. Le second, François, fut colonel de Fumel-cavalerie après son frère aîné.
— Le chevalier David de Comeiras, fils de François Del-Puech de Comeiras, brigadier des armées du roi, devint en 17 58 capitaine de dragons au régiment des volontaires du comte de Clermont. Il fut fait brigadier en 1762.
— Le chevalier de Sainte-Croix, alors lieutenantcolonel du régiment de Bourbon-infanterie, devint brigadier des armées du roi en 1758 et maréchal de camp en 176 1. Il mourut en 1762.
— Le baron Du Blaisel (Antoine-Joseph Du Blaisel de la Neufville) fit avec le régiment de Picardie les campagnes d'Italie de 1733 à 1736, et les campagnes d'Allemagne de 1742 à 1747. Il prit part à tous les sièges où commanda le comte de Clermont. Brigadier le 27 juillet 1747, il fut mis à la tête des volontaires bretons. Ayant partagé la retraite du Prince, il reprit les armes avec lui, et on lui confia en 1758 l'organisation du régiment des Volontaires de Clermont, qu'il abandonna l'année suivante en recevant le brevet de maréchal de camp. Il se distingua par de hardis coups de main et d'énergiques défenses dans cette malheureuse campagne, et sut mériter le grade de lieutenant général, qu'il obtint en 1762.
— MoREAUj simple valet de chambre de Monseigneur, jouait en perfection les ivrognes. C'était une spécialité qu'il avait acquise sans doute à force de pratique.
— Bien que son nom ligure sur quelques programmes, le CHEVALIER DE Laurès était plutôt auteur qu'acteur dans la troupe de Berny. C'était un homme de lettres de profession, pensionné par le comte de Clermont, trois fois couronné par l'Académie française et Maître des Jeuxfloraux. Ilcomposa pour ce théâtre la Fête de Cythère , opéra mis en musique par Blavet (lyôS), et la Statue, comédie jouée pour la fête du Prince, le 2 5 août de la même année, imprimée en 1771 sous le titre de la Fausse statue. Le chevalier de Mouhy, dans son Histoire abrégée du théâtre français y cite encore comme ayant été représentée à Berny « avec un très-grand succès» Themire (lisez Thomire), tragédie en cinq actes, imprimée en 1769. C'est une simple erreur: on ne joua jamais de tragédie à Berny. D'ailleurs Thomire fut composée longtemps après la clôture de ces spectacles et destinée à la Comédie-Française, qui la refusa avec une persistance dont l'auteur se plaint amèrement dans sa préface. Outre les pièces que nous venons de mentionner, on a du chevalier de Laurès quelques autres poèmes académiques et
dramatiques et une imitation de la Pharsale en dix chants. (Voy. son article dans Quérardet dans le /V^'crologede 1780.) Nous reparlerons du chevalier de Laurès à propos des intrigues de l'entourage du Prince, lequel, contre son habitude, le congédia bientôt et le laissa à peu près dans la misère. Il mourut en 1779, de /^ngiz^izr, suivant le chevalier de Mouhy, mais un peu aussi de vieillesse, car il n'avait pas moins de soixante-douze ans, étant né à Gignac en 1707.
— Quant à M. et M^^^ de Marchais, trois mémorialistes : M™^ Campan , Marmontel et Suard , se disputeront l'honneur de nous les présenter.
« J'ai beaucoup vu dans ma jeunesse, dit la première, M"^^ de Marchais, femme du premier valet de chambre du roi; c'était une personne fort instruite et qui avait eu les bonnes grâces de Louis XV, étant parente de M'"^ de Pompadour. M. de Marchais, riche et fort considéré, avait servi, était chevalier de Saint-Louis et réunissait à la charge de premier valet de chambre le gouvernement du Louvre. » M""^ de Marchais était étonnamment petite, elle avait un pied de poupée et une tête énorme, ornée des plus beaux cheveux cendrés que l'on pût voir; ajoutez à ces agréments infiniment d'esprit, une instruction étendue, beaucoup de goût et d'en-
tregent, et vous comprendrez sans peine que cette dame ait disputé à M^^ Geoffrin, à M'^^ Doublet et à la marquise de Lambert , la dictature officieuse de la république des lettres et la conciergerie de l'Académie française. Elle avait été pendant quinze ans 4a très-impérieuse maîtresse de M. d'Angiviller, nommé en 1774 Directeur des bâtiments du roi, et devint un beau jour sa très-soumise épouse quand la mort de M. de Marchais la laissa libre de disposer de sa main. Selon la coutume des femmes en général et des muses en particulier, elle ne sut pas vieillir et lutta contre les ravages du temps avec une énergie désespérée. « Elle vivait encore à Versailles dans les premières années du règne de Napoléon, ajoute M'^^ Campan, mais ne sortait plus de son lit ; elle avait conservé son goût pour la parure, et était, quoique couchée, frisée et coiffée comme on l'était vingt ans auparavant. Une prodigieuse quantité de blanc et de rouge ne laissait voir à la faible clarté de jalousies baissées et de rideaux tirés par-dessus, qu'une espèce de poupée dont les discours étaient encore pleins de charme et d'esprit. »
— Sous quel nom se cache, dans cette troupe, M"« Le Duc l'aînée? Elle n'avait qu'un an de plus que sa sœur, trente ans environ en 1747, et devait
nécessairement prendre part à ces fêtes dont sa cadette était la reine. Dans le prologue de Barbarin^ comédie du comte de Clermont, scène intime calquée sur le naturel, nous voyons figurer deux sœurs : Élise et Thénérite; la première est certainement M'^^ Le Duc l'Altesse; ne vous semble -t -il pas probable que la seconde soit M^'^ Le Duc l'aînée? Les beaux yeux tendres qu'on lui reconnaît se rapportent on ne peut mieux au signalement que nous avons cité : « Elle a la gorge belle, mais sans son teint et ses yeux elle serait fort laide. î) Or l'actrice chargée de ce personnage porte le nom de M"^^ Girard, inscrit sur la couverture du rôle manuscrit. Vous vous rappelez que la main de la demoiselle avait été mise à prix par le comte de Clermont. Les trente mille livres de dot et la protection du Prince auraient-elles séduit un Girard quelconque devenu, au refus de Viard de Moleron et au mépris du qu'en dira-t-on, le beau-frère morganatique de Son Altesse? Pesez ceci, cher lecteur, et ne perdez pas de vue que notre rapport, daté de 1753, a été rédigé sur les notes fournies par Lajanière plusieurs années auparavant. Remarquez aussi l'analogie des noms : Elise (Elisabeth), Thénérite (Thérèse).