‹ Le comte de ClermontChapitre 2 sur 33 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

'est . une curieuse figure que celle de cet arrière-petit-fils du Grand Condé, a moitié plumet, moitié rabat », abbé par état et soldat ^par goût, renté de biens d'Église à défaut d'apanage, gaspillant effrontément avec des filles d'Opéra trois cent mille livres de bénéiices ecclésiastiques, mais, en somme et malgré ces peccadilles, le seul prince de sa maison chez lequel on retrouTe encore à cette époque quelque trace du sang de son illustre aïeul.

La bassesse du duc de Bourbon » la brutalité du comte de Cfaarolais, ses firères, font ressortir plus vivement encore les qualités relatives du comte de Ciermont, spirituel, affable , libérai , brave sur les champs de bataille , magnifique dans ses

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plaisirs y aimant et encourageant les lettres^ qu^il cultivait en prince, c'est-à-dire avec plus de zèle

que de succès; mais plein de bienveillance pour ses confrères^ et toujours prêt à les appuyer de sa fortune ou de son crédit.

Pourquoi donc l'Histoire se montre -t-elle à son ^ard si sévère, si dédaigneuse , et ne le nonmiet-elle que pour le déclarer nul comme homme de guerre, scandaleux comme homme d'Église, à propos d'une campagne malheureuse et d'une maîtresse trop iasoucieusement aiûchée?... Ehi quel général ne s'est pas signalé par ses défidtesi quel prélat ne s'est point illustré par ses galanteries , à cette bienheureuse époque oU la France ne règne plus par les armes victorieuses du Grand Roi, mais par la plume bien autrement conquérante de Voltaire, où la balance du bien et du mal oscille affolée, oîi le sens moral , profondément troublé^ ne donne plus à personne la perception bien nette du juste et de l'injuste? Maurice de Saxe, Lowendal et Christophe de Beaumont (deux étrangers et un fanatique 1) sont peut-être les seules exceptions qui confirment plutôt qu'elles ne la démentent cette triste règle générale.

Certes, nous ne prétendons pas ériger en héros cet épicurien de hi décadence. Cest un grand

tNTROOOCTION

seigneur du dix-huitième siècle, et nullement un

homme de Plutarque dont nous esquissons le portrait. Un caractère bienveillant jusqu'à la faiblesse, une timidité naturelle assez étrange chez im viveur de cette école, le livrèrent à Tinfluence pernicieuse d'une femme qui le domina et Tamoindrit. Mais, dans ce milieu de profonde dépravation , nous devons lui tenir compte d'un certain nombre de qualités qu'il conserva, et de vices qu*il ne prît point. Nous ne le qualifierons pas, avec Voltaire,

Ce petit fils, ce rival de Condé;

mais nous ne dirons pas non plus avec ses détracteurs :

Ce n*esî qu'un pawfre prinUf Dent un auguste tiire ichdre le niant;

car nous ne saurions oublier que ses derniers

revers, préparés par les fautes et les déprédations des Soubise et des Richelieu, avaient été précédés de nombreux et brillants succès,

Louis de Bourbon, comte de Clermont, était le troisième fils de Louis ni<= du nom, duc de Bourbon, et de M^^^ de Nantes (i). Sa nature ardente et chevaleresque, voluptueuse et frivole, le prédes-

(i) Louise-Françoise de Bourbon, légitimie de France, fille de Louis XiV et de M°>e de Montespan.

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tinait à la carrière militaire, à la vie fastueuse et aux plaisirs ÊBciies; mais sa qualité de cadet le condamnait fatalement à robscurittf, à Pinaction et

à l'isolement des dignités ecclésiastiques. Il fut tonsuré dès l'enfance et vit s'accumuler presque aussitôt cinq ou six des plus riches abbayes de France sur une tête mieux faite pour la couronne ûeurdelisée des Condés que pour la couronne monacale de saint Benoit II venait d'accomplir sa huitième année lorsqu'au mois de novembre 1717, îl reçut à la fois les cérémonies du baptême et l'investiture de Tabbaye du fiec-Heliouin. L'année suivante il y joignit l'abbaye de Saint-Claude; en 1 721, celles de Chaalis et de Marmoutiers ; deux ans après, celle de Cercamps, etenân, en i733, l'abbaye de Buzay, qu'il dut résigner^ ainsi que Saint-Claude, Gercamps et Marmoutiers, pour recevoir en échange, le i5 août 1737^ la richissime abbaye de Saint-Germain-des-Prés.

Et cependant ses aînés prostituaient le nom de Condé dans les tripotages du Système ou dans les abjections sanglantes de Tor^e, et laissaient se rouiller inactive Tépée de Nordlingen , de Lens et de Roeroy.

Le comte de Clermont eut le glorieux tort de se croire de taille à la porter.

INTRODUCTION y

Quand on s'appelle Louis de Bourboa et que l'oD eitcousiii du fila itné dei'ËgUic,

// est me UcUldes ûitammodmmu,

Auan k Prinœ-Abbéobtmt-U saut difficulté du Pape la permiasioii de porter les armes, et de Pin-

dulgence publique la licence de remplacer l'épouse Intime que lui interdisait son état par un séfail de courtisanes.

Permis à nous, fils d'une révolution sociale qui fut en même temps une régénération morale^ de nous scandaliser pour éêtonnlu refrains graw> leux du palais abbatial servent de répons aux litanies du chœur, si l'essaim peu vêtu des sylphides de l'Opéra risque de croiser sous les arcades mêmes du dettre le oort^ sévère des processions^,

si l'équipage de la maîtresse en titre de l'Abbé de Saint- Germain éclipse en plein Longchamps le train des duchesses; les délicats et les susceptibles de Fan de grâce 1742 n'auront pour ces enfiui* tillages que de malins sourires et quelques couplets de chanson*. Tout au plus certain mouiquetsire en gaieté essayerapt-il de remettre à sa place cette princesse de théâtre trop disposée à prendre son rôle au sérieux* Cela subira cependant pour décider Monseigneur à se montir une p$Su imnioa,

nmoDucnoN

par respect pour les convenances, et à créer sa danseuse châtelaine et masquise, par ^ard pour les femmes honnêtes.

Notre intention n'est pas de modeler de pied en cap cette statuette semi-historique. Le hasard des recherches ayant mis sous nos yeux quelques

lettres du comte de Clermont, elles nous oni paru assez piquantes et assez caractéristiques pour mériter d'être offertes en hors-d'œuvre aux gourmets de réruditîon. Pensant qu'après la lecture de ces lettres on serait curieux de mieux connaître le personnage, nous avons recueilli à son sujet les indiscrétions contemporaines, et nous les reproduisons telles quelles, sans autres commentaires que. les quelques notes strictement nécessaires pour l'intelligence des textes. Cette mosaïque biographique présente sans doute bien des lacunes, mais elle conserve, en revanche, une couleur et une saveur que la mise en œuvre la plus consciencieuse eût infiûlliblement déflorées*

Nous n'avons rien avancé qui ne fût appuyé sur une .autorité sérieuse. Pour ne pas multiplier les renvois au bas des pages^ nous avons réuni à FAp-

pendice, dans une note bibliographique, l'indication de^ sources où nous avons puisé nos annotations» Quant À nos extraits, ils portent tous leur

certificat <lV>rigiae. Nous avons largement mis à cootribatiofi : le Joumai <te Btrbw ) h» Méamità du maitiais de Valfont, qui accompagna le Princç aux armées» en qualité de Major général; les Souvenirs de Laujon, qui fut ioa eecrétatre intiiiie; le Journal de CoUé^ qui coopéra activement à ses

fêtes galantes, les recueils manuscrits de chansons et poésies satiriques de Maurepas, de Clairambault et do marquis de Paulmy ; enfin les rapports secrets dès inspecteurs de police, rédigés pour l'édification du Roi et de M"* de Pompadour. Nous avons tiré de curieux documents, complètement inédits, sur les Spectacles organisés par le Princeà son château

abbatial de Bcrny et à sa petite maison de La Roquette, d'un manuscrit de TArsenal contenant un assee grand nombre de rôles détachés et d'indications diverses à Fusage des acteurs et actrices de ce théâtre. Nous avons pu en extraire : la composition de la Troupe, le tableau du Répertoire, le prologue d'une comédie ineoiume du comte de Qer* mont en personne , et , chose plus importante au point de vue littéraire , l'analyse, avec trois scènes entières, d'une comédie de Marivaux, U Femme fdèle^ composéé expressément pour le théâtre de Berny, oii elle fut représentée en 1755, et malheureusement perdue depuis lors.

lO DRWMMICTIOV

Tout cela intéressera-t-il notre public ? Il nous est pennis de l'espérer^ car la compilatioa de ces matérianx nous a fort intéreieé noos-mémet et nous avons rarement poursuiyi une étude pluf vivante et plus franchement colorée.

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