F. SOULIÉ
» Le lendemain , ma Christine était lue aux acteurs et, le surlendemain, mise en répétition. La veille de la répétition générale, je fis prévenir Soulié que, s'il voulait faire le voyage de l'Odéon, il me ferait grand plaisir. Soulié vint.
» Ceux qui ont vu cette répétition générale se rappellent Timmense succès qu'eut la pièce à cette répétition. Je puis le dire, Christine étant, avec certain Laird de Bumbicky , celui de tous mes ouvrages dramatiques qui a été le plus cruellement sifflé.
» Pendant toute cette répétition, je n'eus d'yeux que
SUR FRÉDÉRIC SOULIÉ XU
pour Frédéric. L'avis de Frédéric me semblait, au milieu de tous ces applaudissements, le seul dont je dusse me préoccuper.
» Pendant les premiers actes, il resta froid. Mais, au quatrième et au cinquième, il fut pris comme les autres.
» Je le vis sortir , je sortis. Nous nous rencontrâmes dans le corridor. Il se jeta à mon cou.
» — Ma foi, mon ami, dit-il avec cet accent auquel il n'y a pas à se tromper, les autres te diront ce qu'ils voudront; mais je te dirai, moi, que tu as fait une belle chose.
» -• Merci, merci!
» J'étouffais fort, je me le rappelle, en disant cela. » — Maintenant, continua-t-il, as-lu distribué tes billets?
» — Pas encore.
» — Alors donne-moi tous les parterres que tu pourras me donner. Je t'amène demain mes scieurs de long; je me mets à leur télé, et tu vas voir comme nous allons te mener cela.
» Je donnai cinquante places à Soulié.
» Soulié les distribua à ses cinquante scieurs de long. Sans Soulié et sans ses cinquante scieurs de long, je suis convaincu que la pièce n'eût point été jusqu'à la fin.
» Voilà ce qu'a fait Soulié, mon cher Matharel. Ouvrez les annales dramatiques du monde entier, et