SDR FRÉDÉRIC SOULIÉ XLIII
ma maladresse et non point au désir de faire de mon avis quelque chose d'important.
Recevez, je vous prie, monsieur, l'assurance de ma parfaite considération.
Frédéric Souué.
< Je suis né à Foix (Ariége), le 23 décembre ISOO. Ma naissance rendit ma mère infirme. Elle quitta ma ville natale quelques jours après ma naissance, et, bien que je sois retourné dans mon département et à quelques lieues de Foix, je n'ai jamais revu cette ville. Je demeurai avec ma mère à Mirepoix jusqu'à l'âge de quatre ans. Mon père était employé dans les finances et sujet à changer de résidence. Il me prit avec lui en 1804. En 1808, je le suivis à Nantes, où je commençai mes études. En 18i5, il fut envoyé à Poitiers, oîi je fis ma rhétorique. Mon premier pas, dans ce que je puis appeler la carrière des lettres, me fit quitter le collège. On nous avait donné une espèce de fable à composer, je m'avisai de la faire en vers français. Mon professeur, qui était un séminariste de vingtcinq ans, trouva cela si surprenant, qu'il me chassa de la classe, disant que j'avais l'impudence de présenter comme de moi des vers que j'avais assurément volés dans quelque Mercure. J'allai me plaindre à mou ,père, qui savait que, dès l'âge de douze ans, je rimais' à rinsu de tout le monde. Il se rendit auprès de mon
XUV NOTE
professeur, qui ne lui rc'^pondit autre chose que ceci : qu'il était Impossible qu'un écolier fit des vers français. * Mais, » lui dit mon père, « vous exigez bien que . » cet écolier fasse des vers latins. — Oh î ceci est diffé- » rent, » reprit le professeur, « je lui enseigne comment » cela se fait, et puis il a le Gradus ad Parnassum, » Je note cette anecdote, non pas pour ce qu'elle a d'intéressant, mais pour la réponse du professeur. Mon père me fît quitter le collège et se chargea de me faire faire ma philosophie. Il avait été lui-même, à vingt ans', professeur de philosophie à l'Université de Toulouse, qu'il quitta pour se faire soldat en 1792. [l s'était retiré avec le grade d'adjudant général, par suite d une maladie contractée dans les reconnaissances qu'il avait faites sur les Alpes pour l'expédition d'Italie.
» Je reviens à moi. Quelque temps après ma sortie du collège, mon père fut accusé de bonapartisme et destitué. Il vint à Paris, et je l'y accompagnai. J'y achevai mes études. J'y fis mon droit assez médiocrement, mais avec assez de turbulence pour être expulsé de l'École, pour avoir signé des pétitions libérales et pris une part active à la révolte contre le doyen, qui me fit expédier, ainsi que mes camarades, à l'École de Rennes, où nous achevâmes noire droit comme des forçats, sous la surveillance de la police. On m'avait signalé comme carbonaro. Je profitai de mon exil pour établir une correspondance entre les ventes de Paris et celles de Rennes. Mon droit fini, je rejoignis mon