Ar. col., C. G. Can., VI
à Paris ' une lettre désabusée, annonçant son intention de ne plus poser les questions difficiles, de se résigner à l'inaction, il ajoutait qu'il garderait jusqu'au bout toute son énergie contre les coureurs de bois, qu'il s'était promis de détruire. Ces vagabonds, trop indociles pour se plier à la discipline d'une administration presque européenne, servaient d'abord de commissionnaires entre les indigènes et les négociants du bas Canada; mais bientôt, vivant de chasse et de pêche au milieu des sauvages, ils prenaient goût à cette existence violente, toute de plein air et d'entière indépendance; ils chassaient pour leur propre compte, et ne descendaient plus dans les habitations françaises que pour vendre leurs pelleteries, au moment des foires annuelles, et recruter parmi les colons de nouveaux compagnons d'aventures. Ce sont eux qui apprirent aux indigènes l'usage de l'eau-de-vie, et cette boisson fut pour ces malheureux « ce qu'elle avait été pour le patriarche Noé : ils en furent surpris et enivrés, parce qu'ils en prirent sans défiance et avec excès -. »
Petit à petit, deux catégories se déterminèrent parmi les coureurs de bois : les uns, désireux surtout de vivre de la vie des indigènes, se consacraient à la chasse, sans autre souci que de poursuivre un gibier de plus en plus rare, et de découvrir, en vivant sur le pays, quelques tribus nouvelles, auxquelles ils parlaient du grand Onontio, le gouverneur de Québec. C'étaient les enfants perdus, les courriers d'avant-garde de la Nouvelle-France. Nicolas Perrot à ses débuts, La Hontan mieux encore, quelques années plus tard, nous représentent avec un relief singulier le tvpe de ces chercheurs d'aventures ^. Les autres, plus particulièrement négociants, s'attachaient surtout à tirer parti du voisinage des indigènes; à travers les forêts à peine frayées qui entourent les grands Lacs, ils s'étaient fait des itinéraires qu'ils suivaient régulièrement; de loin en loin, ils avaient des postes de relai, autour desquels ils rayonnaient pour desservir les habitations des sauvages; de plus en plus, leurs courses prenaient l'allure régulière des tournées de commis-voyageurs; ils recevaient les pelleteries