‹ Le comte de Frontenac; étude sur le Canada français à la fin du XVIIe siècleChapitre 182 sur 378 · Jug. du C. S., II · texte numérisé non relu

Jug. du C. S., II

Conseil, à leur demande, cassa le jugement de la prévôté (31 octobre 1680); c'est dire qu'il arrêtait à Québec, sous prétexte du paiement de dettes assez mal établies, les marchandises dont la vente, si on les eût laissé passer dans le haut pays, aurait permis à La Salle de continuer ou du moins de consolider son entreprise. Est-ce seulement mauvaise volonté contre le découvreur? Peut-être surtout ignorance de ses projets véritables et concession, assez difficile à refuser, aux intérêts des créanciers, qui étaient à portée de présenter directement, tous les jours, leurs réclamations aux magistrats. Mais, pour La Salle, le préjudice était le même.

Duchesneau n'était point favorable à La Salle, l'une des sept personnes contre lesquelles seules il écrivait à la Cour *; il lui avait suffi, sans doute, pour motiver cette inimitié, que La Salle parût lié avec Frontenac et peu sympathique aux Jésuites; le découvreur se plaignait que, parmi des hommes qui lui arrivaient de France, l'intendant en eût arrêté un à Québec de sa seule autorité, que plus tard, lorsqu'il instruisait le procès de ses déserteurs du fort Crèvecœur, qui avaient emporté quantité de marchandises, il n'avait cherché que l'occasion d'accumuler des témoignages contre le chef de l'expédition ^ L'un des reproches les plus ordinaires de l'intendant porte sur l'abus que La Salle aurait fait des congés de traite, malgré toutes les défenses du roi. Certainement, La Salle dut en délivrer un grand nombre; à la fin surtout, quel autre moyen lui restait-il de grouper autour de lui les quelques hommes dont il avait besoin? Cependant, pour le peu perspicace intendant, il n'est qu'un imposteur : « sous prétexte d'une découverte, il envoie traiter et traite lui-même dans les nations outaouaises, qui ne sont pas de sa concession, et donne des congés à plusieurs particuliers d'aller traiter avec les sauvages •'' ». Parmi ces particuliers, Duchesneau signale le juge de Montréal, le gouverneur de cette ville et les deux secrétaires de Frontenac. Sans doute, l'intendant prétend démontrer de cette manière, que La Salle achète le concours des principaux fonctionnaires de la Nouvelle-France; par une ironie curieuse, c'est à Bellinzani, le directeur du commerce dont nous connaissons les

i. Lettre du 13 nov. 1681. Ar. coL, C. G. Can., V, 293.

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