‹ Le comte de Frontenac; étude sur le Canada français à la fin du XVIIe siècleChapitre 211 sur 378 · Ar. col., C. G. Can., VI, 68. — Charlevoix, I · texte numérisé non relu

Ar. col., C. G. Can., VI, 68. — Charlevoix, I

2. Instructions de Meulles. Ar. col., 0. d. R., vol. 1679-82, p. 15 de 1682.

2o2 LE COMTE DE FRONTENAC

drait d'abord une importante mise de fonds *. Même plus riches, les Canadiens d'alors auraient-ils volontiers tenté de telles entreprises? C'est fort douteux; agriculteurs et marchands sédentaires à Québec, commerçants nomades en résidence intermittente à Montréal, ils n'avaient point de goût pour la navigation ; rien ne les attirait vers la mer que les plus jeunes ne connaissaient même pas; seule l'Acadie, mieux peuplée et reliée au Canada par une bonne route, aurait donné à la colonie française cette valeur de pays maritime qui lui manquait encore ; vainement, le roi déclarait que les gentilshommes canadiens pouvaient faire le commerce sans déroger; il exemptait de droits les marchandises qui seraient portées des îles au Canada, et réciproquement; rien n'y fit, le ministre avouait lui-même que ces efforts étaient stériles ^ Dans l'état, tout le transit de la métropole était aux mains de négociants du vieux pays, de Rouen ou de la Rochelle, comme ce Jean Guiton, l'un des premiers commanditaires de La Salle, qui avait acheté à Montréal une propriété de 2500 livres pour obtenir les privilèges réservés aux habitués, à l'exclusion des marchands forains ^. Le seul commerce que les Canadiens pratiquaient volontiers, c'était la traite avec les sauvages, mais pour celui-là, le ministre ne les encourageait point.

La colonisation agricole fit-elle, du moins, quelques progrés? Meulles notait que, jusqu'à son époque, on n'avait guère défriché que le long des rivières, « à cause de la facilité des communications et de la douceur de la pêche » ; la population se multipliant, on commençait à s'avancer dans l'intérieur, où les bonnes terres ne manquent pas *. Mais les administrateurs n'avaient aucun plan d'ensemble : les concessions étaient délivrées sans méthode, sans contrôle, même lorsque les vérifications eussent été faciles : en 1684, un sieur Bailly avait obtenu concession d'un terrain à la basse ville de Québec et se mettait en devoir d'y bâtir une maison; or, par une erreur extraordinaire, on lui avait assigné le domaine d'une place publique : un groupe d'habitants se réunirent pour en envoyer les preuves à Seignelay ; l'affaire fut réglée

1. Voir lettre du 12 nov. 1682. Ar. col., C. G. Can., VI, 82, 90. — Charlevoix, I, 465.

2. Le ministre à Meulles, avril 1084. Ar. col., 0. d. R., vol. 1084-85, p. 18. — Ord. roy. de mars et avril 1085. Id., M. S. M., IV.

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