Jug. du C. S., II
mandait le ministre ^; il semble, en effet, que malgré toutes les occasions de discorde, il ait toujours évité les éclats. Mais il est facile de voir par les lettres de Seignelay que les différends entre gouverneur et intendant, les conflits d'attributions étaient aussi nombreux qu'à l'époque de Frontenac. Au lieu de corriger cette situation dangereuse en rappelant, sans le remplacer, l'un des deux fonctionnaires, Seignelay s'attachait au contraire à définir leurs fonctions respectives, tout comme il eût fait pour une province de France. S'agit-il de finances? Le gouverneur ne doit rendre aucune ordonnance s'il n'en est prié par l'intendant, et celui-ci ne sollicitera cette intervention supérieure qu'en cas de nécessité, pour assurer l'exécution d'un arrêté pris par luimême. La Barre a-t-il fait pendre en effigie un habitant qui avait passé aux Anglais? C'est un abus de pouvoir, car son droit de vie et de mort ne s'étend qu'aux faits d'ordre militaire. En revanche, l'intendant, qui s'est efforcé de mettre un peu d'ordre dans la procédure, a outrepassé les droits de sa charge en tranchant des affaires d'honneur qui regardent le gouverneur ou le Conseil ; il a eu tort, encore, de constituer avec six gradués une juridiction exceptionnelle, qui a prononcé deux condamnations à mort; c'est un empiétement sur le Conseil Souverain, et le ministre avertit sèchement Meulles de « prendre garde que cela ne lui arrive plus à l'avenir ». En ce qui concerne les relations avec les sauvages, Seignelay fait une distinction analogue : « sur le fait de la guerre et des armées, le gouverneur doit ordonner ce qu'il estimera à propos; pour ce qui est de la justice et de la police à l'égard des sauvages mêlés avec les Français, l'intendant et le Conseil Souverain en doivent connaître ». N'est-ce pas rendre impossible au Canada une politique cohérente et méthodique *? Quoique La Barre eût renouvelé toutes les prohibitions anciennes et qu'il affichât un grand zèle dans ses lettres au ministre ^, il ne se privait pas de distribuer des congés à ses amis et de faire la traite; c'était une nécessité de la situation; dans la misère où la Cour laissait les premiers fonctionnaires de la colonie, force leur était bien de se procurer des ressources supplémentaires : « Je