‹ Le comte de Frontenac; étude sur le Canada français à la fin du XVIIe siècleChapitre 217 sur 378 · Ar. col., C. G. Can., VI · texte numérisé non relu

Ar. col., C. G. Can., VI

guère observées, et l'on s'étonne de voir que la Cour continue gravement à rédiger et faire enregistrer à Québec des règlements sur la traite, comme si le ministre gardait quelque illusion sur le sort qui les attendait '.

La précaution indispensable de ceux qui délivraient les congés était de s'assurer qu'on n'en abusait point pour troubler la paix entre nos alliés indigènes ni pour introduire chez eux les Anglais de la côte atlantique ou de la baie d'Hudson; sans doute, la paix régnait alors, en Europe, entre Louis XIV et Jacques II; mais, entre les sujets de ces deux alliés, les rivalités étaient inévitables en Amérique; dans sa lettre de novembre d683, La Barre se félicite d'avoir fait poursuivre les déserteurs qui « voulaient enseigner et frayer aux Anglais et Flamands le chemin pour les Outaouais- » ; du Lhut, de son côté, fondait plusieurs postes pour enlever aux Anglais de la baie d'Hudson le trafic des Cristinaux et autres tribus du nord des Lacs; la Cour, au mois d'avril 1684, prit une ordonnance très sévère contre la contrebande et la désertion à l'étranger : défense absolue de porter des pelleteries ailleurs que dans les établissements français; défense, à peine de confiscations des marchandises et de 3000 livres d'amende, de débarquer des cargaisons de pelleteries ailleurs que dans les ports du royaume; défense corrélative à tous les étrangers de faire sous aucun prétexte commerce des « castors, orignaux et autres pelleteries en la Nouvelle-France». Les coureurs de bois passant aux Anglais et Hollandais étaient frappés des peines les plus rigoureuses : la mort pour les chefs de bande, les galères à perpétuité pour leurs complices ^.

L'empressement de La Barre contre ces déserteurs était-il bien sincère? L'intendant MeuUes n'hésite pas à déclarer que ce gouverneur traitait régulièrement avec les Anglais; que, sous prétexte de négociations à propos des Iroquois, il recevait sans cesse au château des Anglais ou des Hollandais qui étaient ses représentants à New- York et faisaient aussi les affaires de La Ghesnaye *.

1. Voir lettre à MeuUes du 10 avril 1684. Ar. col., C. G. Can., VI, 3"9. — Jug. du C. S., II, 882. — Lettre de La Ghesnaye et de ses associés, 1685. Ar. col., M. S. M., IV.

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