La Barre au ministre, ii3 nov. 1(;84. IiL, ici
3. Ar. col., C. G. Can., VI, 68 ss. — Cf. Charlevoix, I, 471.
roi quelques renforts et de se mettre en campagne dès qu'on les aurait reçus et que l'on aurait constitué des magasins d'approvisionnements.
La lettre que La Barre écrit au ministre, quelques jours après cette assemblée, expose ces craintes générales ^ : il faut compter que 1400 Iroquois sont en marche pour attaquer les Illinois et, après eux, toutes les tribus du sud-ouest, alliées de la France; « ou nous perdrons la moitié de notre commerce et toute notre réputation dans le pays, ou nous devrons nous opposer à ces fiers vainqueurs des autres nations ». La Barre demande donc avec insistance qu'on lui expédie les fonds pour amasser des vivres, et que le roi fasse passer quatre compagnies de marine, avec des commissions en blanc « pour les capitaines qui sont ici et savent le pays et la guerre ». Deux grandes barques seraient utiles, si l'on avait l'argent nécessaire, pour assurer la police des lacs Érié et Frontenac. L'intendant MeuUes pensa cette fois comme le gouverneur. Cependant Frontenac, de retour à Paris, jugeait tout autrement, et s'efforçait de faire partager ses sentiments au ministre ; il affirmait que la Nouvelle-France était en paix avec l'Iroquois, et sans doute déconseillait l'envoi de troupes nouvelles *. Il prévoyait, assurément, quel mauvais usage en ferait le gouverneur, dont il avait pu, pendant les dernières semaines de son séjour en Amérique, apprécier la médiocrité. Seignelay dut d'abord se ranger à l'opinion de Frontenac, car les premiers vaisseaux de 4683 n'amenèrent point de renforts au Canada.
Quelles que fussent les inquiétudes de l'assemblée de 1682, Frontenac avait raison : les Iroquois ne menaçaient point; un long mémoire sur les guerres canadiennes de la fin du xvii^ siècle ', montre bien quelles furent les origines des hostilités, et comment La Barre en est responsable. Ce document, dont l'auteur anonyme déclare avoir fait partie de l'expédition de 1684, est écrit sans parti pris d'éloge ni de dénigrement; c'est un simple récit chronologique, dont l'autorité ne parait pas contestable. Or d'après ce texte, La Barre aurait fait passer aux Iroquois, par les traitants munis de congés réguliers, l'ordre de piller tous les canots fran-