Jug. du C. S., III
ville qui déclarait dans son premier mémoire, que Meulles « s'était discrédité, dans la société canadienne, par son empressement à gagner de l'argent * ? » Nous ne voyons pas sur quoi peut reposer une accusation pareille; Meulles nous apparaît comme un homme qui ne regardait point à sa peine, soit qu'il fallût organiser l'expédition deLaBarrepar des courses répétées entre Québec et Montréal, soit qu'il s'agît de visiter l'Acadie et les côtes du bas Saint- Laurent. La Hontan, qui n'abuse guère de la flatterie, est très élogieux pour Meulles; on lui reproche, dit-il, d'avoir préféré son intérêt particulier au bien public; c'est inexact, et il n'aura pas de peine à se justifier; on peut croire qu'il faisait quelque commerce . couvert; mais il n'a jamais porté tort à qui que ce soit, et bien au contraire, il a procuré du pain à mille pauvres gens qui seraient morts de faim sans son secours ^ Nous serions tentés de supposer que Meulles n'était pas d'accord avec la coterie qui, naguère, combattait Frontenac; il s'était efforcé de fixer les cures, avait encouragé les Récollets; lorsque la lieulenance générale de Trois- Rivières devint vacante par la mort de Boisvinet, il y avait nommé Le Chasseur, ancien secrétaire de Frontenac^. Cela ne l'empêchait pas cependant de soutenir Riverin, qui avait été l'agent de Duchesneau; mais, sans doute, ses détracteurs n'y regardaient point de si près. A peine était-il remplacé, que Denonville et Champigny signaient conjointement une concession aux Miamis en faveur des Jésuites (octobre 1686) *; n'y a-t-il là qu'une simple coïncidence, ou faut-il voir dans ce dernier fait un commentaire immédiat du rappel de l'intendant?
Quoique Denonville s'applaudisse de la nomination de Champigny, en termes qui laissent croire qu'il estimait avoir gagné au change ^ nous pouvons assurer que le successeur de Meulles ne le valait pas. Il ne montra point cette curiosité intelligente par laquelle Meulles s'élevait au-dessus du niveau commun des fonctionnaires qui sont de simples commis; peut-être, fort de l'expérience de La Barre, Meulles eût-il déconseillé toute guerre nouvelle aux Iroquois : Champigny n'en fit rien; pourtant une résistance