‹ Le comte de Frontenac; étude sur le Canada français à la fin du XVIIe siècleChapitre 344 sur 378 · M., 0. d. R., 1698-99, 51 ss · texte numérisé non relu

M., 0. d. R., 1698-99, 51 ss

qui concerne les colonies d'Amérique une incroyable négligence. A cette date on ignorait en Europe les résultats de la campagne d'été. Peut-être, quoique parti trop tard, Xesmond avait-il réalisé certaines parties de son programme; les rapports de Terre-Neuve pouvaient à peine mentionner le départ de d'Iberville et Sérigny pour la baie d'Hudson '. La prudence la plus vulgaire eût donc commandé d'attendre des informations sûres, de ne rien signer avant l'arrivée des derniers vaisseaux de l'année. Nos diplomates, dont l'un pourtant était frère de Calliéres, oublièrent cette précaution; l'article 7 du traité rétablissait pour toutes les colonies, dans un délai de six mois, le statu quo ante bellum; mais, cette condition se trouvant favorable à la France pour la baie d'Hudson, l'article 8 ajoutait qu'on nommerait des commissaires pour régler cette question spéciale, ainsi que celle des limites contestées. Ainsi Louis XIV renonçait aux résultats des victoires canadiennes ; il avouait avoir, en pure perte, fait les frais des expéditions navales envoyées depuis deux ans par Pontchartrain; tout entier au désir de ménager Guillaume III, en vue de l'ouverture prochaine de la succession d'Espagne, peu lui importait de sacrifier en compensation quelques lointaines conquêtes; il les abandonnait, d'avance, sans en connaître l'étendue. Et qu'on n'aille pas dire que le roi d'Angleterre, en signant le traité de Ryswick, commettait une imprudence analogue: car d'après les résultats connus des premières campagnes et n'ayant point en 1697 envoyé de secours en Amérique ^ il était certain de ne rien perdre, tout au contraire. On ne saurait donc blâmer trop vivement la légèreté ou l'ignorance des négociateurs français du traité de Ryswick; Frontenac et d'Iberville méritaient mieux : la Cour, depuis deux ans, avait enlevé au gouverneur général la direction de la politique canadienne; la Nouvelle-France n'avait pas lieu de lui en être reconnaissante. Heureusement que Frontenac, malgré tous les obstacles accumulés, ne s'était pas résigné à briser les relations de la colonie avec les indigènes de l'ouest.

\. On pouvait avoir reru la dernière lettre que d'Iberville écrivit de Plaisance, le 9 juillet 1691 (Ar. col., C. G. Can., XV, 170).

2. Nous ne voyons pas en elTet que la flotte anglaise dont les dépêches de Pontchartrain à Nesmond (juin-juillet 1607) signalaient l'armement en Irlande ait paru dans les eaux de nos colonies d'Amérique.

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