‹ Le comte de Frontenac; étude sur le Canada français à la fin du XVIIe siècleChapitre 355 sur 378 · Jug. du C. S., IV · texte numérisé non relu

Jug. du C. S., IV

2. Texte original avec notes marginales d'un ennemi de Frontenac, à l'Université Laval de Québec.

très médiocre esprit; le vague et l'évidente partialité de ces critiques leur ûtent toute valeur, et certainement le panégyriste, qui cite des faits précis, connus et d'un contrôle facile, est ici plus près delà vérité que son malveillant glossateur : la mort de Frontenac fut très généralement regrettée dans la Nouvelle-France; le gouverneur n'avait exercé sa vigueur autoritaire que contre quelques personnes en place, dWuteuil, Champigny, Saint-Vallier; les habitants se rendaient compte de tout ce qu'ils lui devaient, et parmi les indigènes sa popularité n'avait pas diminué ' ; quelques semaines avant sa mort, il parlait encore aux Outaouais venus à Montréal ce langage de père bienfaisant et grondeur qui avait tant de succès. De l'aveu de tous, la Nouvelle-France venait de faire une perte immense; pour en atténuer les dangers, le roi devait choisir comme successeur de Frontenac, un homme qui l'eût suivi de près, qui l'eût apprécié à l'œuvre et fût capable de le remplacer; la nomination de Calliéres, guidée sans doute par ces considérations, fut un acte de sagesse : il importait de ne pas donner des gages aux adversaires qui escomptaient déjà, pour ressaisir la direction politique de la colonie, la mort du vieux gouverneur.

L'attitude de Champigny pendant les derniers jours de Frontenac avait été correcte; mais une lettre que l'intendant adresse à la Cour le 2:2 décembre, après que les obsèques solennelles ont clos a période du deuil public, révèle quel était alors le fond de sa pensée et ce qu'il espérait du successeur de Frontenac. Il débute parles éloges de rigueur; Frontenac et lui, dit-il, « n'ont jamais été divisés que sur le service du roi ». Puis il parle de l'avenir: Calliéres a été informé par ses soins, mais n'a point envoyé de réponse; on doit donc supposer qu'il est malade, ce qui lui arrive souvent depuis quelque temps. Champigny termine en souhaitant que le nouveau gouverneur « n'ait d'autre but que d'exécuter les ordres du roi, afin que l'intendant puisse agir de concert avec lui, et lui montrer la déférence qu'il devra » ^ Selon le vœu de Frontenac, Champigny prit soin de faire exécuter ses dernières volontés ; après délivrance des legs, il envoya les deniers restant à M'n« de

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