INDIGÈNES ET MISSIONNAIRES. — FRONTENAC ET LES JÉSUITES
Les voisins indigènes de la Nouvelle-France en 1G72 : Abénaquis; Oulaouais et Illinois; Iroquois. Les missionnaires; leurs centres de prédication. — Médiocrité des résultats obtenus, procédés de propagande. — Les Relations des Jésuites. Pourquoi la publication en est suspendue depuis 1G73. — Les Jésuites ne veulent pas enseigner le français aux indigènes, comme le demande Frontenac. — Observation particulière sur les missions iroquoises. Supériorité de la politique indigène de Frontenac.
Les populations indigènes de la Nouvelle-France, si l'on excepte les Iroquois, n'avaient point, à proprement parler, d'établissements fixes, et campaient par groupes de tribus, au hasard des aventures de la chasse ou de la guerre; il est donc difficile de déterminer avec précision les territoires occupés par les uns et par les autres, et nous sommes réduits, sur la géographie politique de cette époque, à des données générales. Au moment de l'arrivée de Frontenac, les principaux groupes de sauvages ' connus des Français sont au nombre de trois : les Abénaquis, entre le bas Saint-Laurent et les colonies anglaises, les Iroquois, presque tous au sud du lac Ontario, et les Outaouais ou Algonquins, dont le nom, moins précis encore que les précédents, est appliqué par les auteurs contemporains à toutes les nations des Lacs autres que les Iroquois; à l'extrême ouest, on commence à
1. Sources principales : Nicolas Perrot; — Mémoire de Duchesncau, 1681. Ar. col., C. G. Can., t. V. — Relations des Jésuites.
INDIGENES ET MISSIONNAIRES
distinguer les Illinois des Outaouais. Au milieu de ces peuplades indigènes, et si peu nombreuses qu'on les suppose, les Français sont une faible minorltô; de la manière dont ils entreront en relations avec ces habitants sauvages dépendra donc l'avenir de la colonie, car toutes les voies de son développement sont occupées; pour communiquer avec l'Acadie, l'on doit s'assurer le passage à travers le pays des Abénaquis; les Iroquois commandent cette route du sud de l'Ontario, par où La Salle tentait sa première découverte; enfin les Outaouais tiennent le chemin qui de Montréal mène au Saut-Sainte-Marie, et, par ce détroit, à tout l'ouest, encore à peine connu, du continent américain. L'obligation s'impose donc d'établir des rapports réguliers avec les indigènes, dés que le gouvernement est décidé à tirer parti du Canada, c'est-àdire depuis l'époque de Colbert. Par les coureurs de bois, par les premiers explorateurs, par les missionnaires, les administrateurs Courcelles et Talon avaient pu recueillir sur les mœurs de ces peuples les renseignements nécessaires pour poser les principes d'unepolitique^ indigène ; on peut, d'un mot, résumer leur dessem : rapprocher les indigènes des Français. Tel sera aussi le but de Frontenac.
Les Abénaquis étaient, pour nos çolons^des aUiésj3récieu^x sans cesse prêts à la lutte contrelesétablissements anglais de la côte; leurs relations avec les FYançaisTÏÏrént toujours corcliales, ^ et nous possédons un document ' qui prouve à la fois les droits de la France sur ces indigènes et l'utilité de leur voisinage : « Depuis un temps presque immémorial, dit ce texte, qui est une lettre de chefs abénaquis au roi de France, je suis en guerre avec l'Anglais; combien de fois m'a-t-il trompé? Sans doute, il m'aurait entièrement détruit si Votre Majesté ne m'avait tendu sa main secourable et ne m'avait pris sous sa protection ». D'après le P. Charlevoix -, on confondait sous le nom unique de nations abénaquises trois tribus principales, qui étaient du sud au nord les Canibats, voisins de la Nouvelle-Angleterre, les Etchemins, qui habitaient près de la baie de Fund}^ enfin les Micmacs ou Souricquqis^ qui peuplaient l'Acadie proprement dite et la côte orientale du Canada, Quelques Abénaquis, convertis au christianisme, venaient
1. Ar. col., C. G. Can., I, 266. Cette pièce, qui n'est pas datée, doit être rapportée à l'époque de Courcelles et Talon.