Relat. de U
celle des Outaouais; ils adorent le soleil, et n'ont pas de pratiques fétichistes grossières, comme leurs voisins du nord. On trouve chez eux des chefs entourés d'un appareil presque royal, et fidèlement obéis. Comme leurs proches voisins, les Miamis, les Illinois ont. parmi toutes les tribus indigènes, une réputation particulière d'immoralité : dans ces quartiers-là, dit le P. Charlevoix, la mollesse et la lubricité sont portées aux plus grands excès; on voit des hommes qui s'habillent en femmes, et « s'assujettissent à toutes les obligations propres du sexe, d'où s'ensuit une corruption qui ne se peut ex primeur ». La coutume est établie, en plusieurs endroits, que les jeunes fillBs^e^m-ostituent^ libre ment; il est vrai qu'une fois mariées, elles tomÏÏëntdans une sorte d'esclavage, sont astreintes aux travaux les plus rudes et tenues, sous des peines horribles, d'observer une exacte fidélité. La Motte Cadillac nous raconte comment, sur l'invitation du mari trompé, en pleine place publique, tous les hommes d'un village prennent part, l'un après l'autre, au châtiment de l'épouse adul- | tère. C'est seulement au xviii" siècle, devant les reproches réitérés 1 des Français, que disparut cette honteuse coutume. Quelques"^ voyageurs disaient que les Iroquois, naturellement assez chastes, s'étaient adonnés à la débauche dès que leurs expéditions les avaient mis en contact avec ces tribus du sud-ouest des Lacs. — Quoi qu'on puisse dire des mœurs des Illinois, il n'en reste pas moins que leur alliance ,Ëst très nécessaire auCanada, puisqu'ils occupent la région des portages entre les Lacs et ce grand fleuve que la Relation de 1670 nomme déjà le Mississipi, mais sans pouvoir décider s'il coule vers la mer Vermeille ou vers la mer jle Floride *.
Le chemin direct de Montréal aux Illinois traversait, au sud de l'Ontario, le pays des Iroquois ; c'est par là que La Salle avait essayé en 16G9 une première entreprise ; sur cette même route, sans doute, il était encore engagé, perdu peut-être, lorsque Frontenac arriva. Gomme les Iroquois n'hésitaient pas à traverser l'Ontario, qu'ils avaient même au nord des postes de traite, ils étaient maîtres ainsi de couper les communications du Canada avec les Outaouais; il était donc très nécessaire d'entretenir avec eux de bons rapports,
1. Rehd. de 1670-71, 170 ss. — Notes de Tailhan sur Perrot, 225-2(). — Charlevoix, II, 265, el III, 303. — Mém. de La Mollie Cadillac dans Margry» V, 118 ss.
car ils étaient assez civilisés pour comprendre tout l'avantage de leur situation, assez belliqueux pour tenir les Français en continuelle inquiétude, après les guerres victorieuses qu'ils avaient dirigées contre tous leurs voisins. Ils devaient leurs succès à l'avan- , tage de leur position géographique, à leur courage individuel, à la supériorité relative de leur armement : tout proches des Européens, ils furent Jes premiers mimis d/arig:es à, feu ; en échange ils apportaient aux Français ou aux Anglais des ballots de pelleteries eçus des sauvages du haut pays. Enfin ils avaient qnpilqngs institutions politiques, ou du moins quelques coutumes constantes : chaque fois qu'une décision d'importance était à prendre, on rassemblait un conseil des principaux de la nation, les « Agoiandères »; les hommes y délibéraient seuls , mais les femmes y assistaient aussi ; là, on fixait le sens et le nombre dès'cïïtitëi's de porcelaine que l'on emploierait pour les négociations en cours; jamais les Iroquois ne se décidaient à la légère; fort différents de leurs voisins qui s'abandonnaient d'ordinaire à l'inspiration du moment, ils savaient procéder avec méthode contre leurs ennemis. La famille, organe élémentaire de la confédération, est, chez eux, fortement constituée; c'est ^ar les femmes, àjl^ qu'il semble, que les liens de parenté s'établissent eX-Sxint maintenus : tout Iroquois, même converti, même résidant parmi les Français, garde au village natal une place dans la cabane de sa mère ou de la plus proche parente du côté maternel; quand une mère meurt avant d'avoir sevré son enfant, celui-ci est enterré vivant auprès d'elle, parce qu'on est persuadé qu'aucune autre femme n'aurait pu le nourrir *.
Très braves, les Iroquois sont aussi les plus cruels de tous les sauvages du Nord-Amérique; ils font périr leurs captifs dans d'affreux tourments, et pour les missionnaires ces forcenés qui tenaillaient les corps, brûlaient les doigts un à un dans des pipes, arrachaient les ongles par petits morceaux, évitant de porter jamais un coup mortel afin de savourer plus longtemps les angoisses de leurs victimes évoquaient exactement l'image de l'Enfer. Si les Illinois répandirent la corruption morale autour d'eux, les Iroquois rendirent cruels, par besoin de précaution ou
1. Voir Douniol, I, 243. — La Potherie, I, 358. — Relaf. 1070, p. 14. — Charlevoix, III, 368. — Parkman, The Jesuits in North America.
de représailles, tous leurs voisins indigènes; bien plus, les Européens eux-mêmes furent souvent obligés, en face de pareils adversaires, de se montrer barbares comme eux. On le voit, parmi toutes les tribus qui les entourent, les Iroquois se distinguent par des caractères originaux; peut-être, d'ailleurs, appartiennent-ils à une race particulière : aujourd'bui, dans les rares villages d'Indiens qui subsistent au bas Canada, deux types apparaissent en un saisissant contraste : les uns ont la figure large, le nez épaté, la bouche grande, les lèvres épaisses, leurs cheveux tombent en longues boucles sur leurs épaules; les autres, plus sveltes d'allure, sont hauts de taille, minces, le visage pointu, le nez aquilin, un masque d'oiseau de proie; les cheveux sont relevés derrière la tête en un chignon que l'on se figure volontiers couronné d'un trophée de plumes peintes. Ces types n'accuseraientils pas la distinction originelle des Iroquois et de leurs adversaires de la région des Lacs?
Les documents anglais désignent ordinairement les Iroquois sous le nom de Cinq-Nations; ils forment, en effet, une confédération de cinq tribus principales, qui sont, de l'est à l'ouest, les Agniers ou Mohawks, les Oneiouts, les Onnontagués, les Goyoguens et les Tsonnontouans. « Le nom d'Iroquois, dit le Père Charlevoix *, n'est employé que par les Français; il a été formé du terme Hiro, qui signifie fai dit, et par lequel ces sauvages finissent tous leurs discours comme les Latins faisaient autrefois par leur Dixi^ et de Koiié, qui est un cri tantôt de tristesse et tantôt de joie. Leur nom indigène est Agonno7isionni, qui veut dire faiseurs de cabanes, parce qu'ils les bâtissent plus solides que la plupart des autres sauvages. » Le pays des Iroquois, d'après le même auteur qui est ici un témoin oculaire, offre des ressources variées; la faune est abondante, la terre riche, les arbres fruitiers y poussent en grand nombre; en quelques endroits, « on voit une eau dormante, épaisse et huileuse, qui prend feu comme fait l'eau-de-vie ». Certes les Iroquois de l'époque de Frontenac ne songeaient pas à l'exploitation de ces gisements de pétrole qui ont enrichi depuis la Pennsylvanie; mais ils tenaient à leur sol; chasseurs et coureurs de bois autant que les autres indigènes de l'Amérique du Nord, ils avaient, à la différence de ceux-ci, des
villages de bois, et non de simples campements; ils y venaient régulièrement; si l'origine de leur nom local, telle que la donne Charlevoix, n'est rien moins que sûre, elle est du moins vraisemblable, et ceci prouverait que les Iroquois eux-mêmes, en se désignant de cette manière, avaient conscience d'une des causes principales de leur supériorité sur les autres tribus de l'Amérique du Nord.
Les Iroquois ne sont pas très nombreux; Courcelles assurait qu'ils ne pouvaient mettre en ligne plus de deux mille guerriers, ce qui représenterait une population de dix à douze mille âmes ' ; quoique les peuples auxquels ils j'aisaient la guerre fussent peu braves, il est évident que des expéditions continuelles auraient vite abaissé ce chiffre, car il ne parait pas que les Iroquois fussent très prolifiques, si la coutume des adoptions n'avait comblé les vides laissés par les guerriers morts ^ ; parfois les prisonniers ennemis étaient massacrés, mais souvent aussi, sur la demande d'un de leurs vainqueurs, on les épargnait; ils étaient alors traités comme des Iroquois de naissance, et leur sort ne devait pas être trop dur, puisque Charlevoix nous parle de Français qui refusaient, après des années de cette vie sauvage, de revenir parmi leurs compatriotes du Canada. « Ces sortes d'adoptions ne reçoivent aucune atteinte des guerres qui peuvent survenir, d'où il est arrivé qu'on s'est assez souvent servi avec succès des Français adoptés par les Iroquois pour entamer avec eux des traités de paix ^ » C'est par là que se maintenaient, dans chacune des cinq tribus, les familles qui la composaient; c'était un renfort nécessaire, car les Iroquois étaient toujours en guerre et perdaient ainsi beaucoup des leurs; il suffît d'examiner, au bas d'une convention, les figures allégoriques qui servent de signatures à ces groupes, pour se convaincre qu'on est en face d'une population toute belliqueuse *. Les familles sont celles du loup, du chevreuil, du castor, du grand et du petit pluvier, de l'ours, de la tortue; mais tous ces animaux, si pacifiques que quelques-uns paraissent, sont munis sur les documents d'une arme offensive, hache, couteau ou massue. Parfois, seule-
1. Relation du voyage de Courcelles au lac Ontario. Margry, I, 174 ss. ; cf. id., 269.