‹ Le comte de Frontenac; étude sur le Canada français à la fin du XVIIe siècleChapitre 56 sur 378 · Douniol, I · texte numérisé non relu

Douniol, I

quois, étaient devenus des chrétiens sincères : « La Providence divine les avait ramassés en un lieu, dit la côte de Saint-Michel, fort peuplé de Français, pour profiter de leurs bons exemples, et réciproquement pour édifier les Français par leur piété et dévotion '. » Donc les Jésuites se rendaient compte eux-mêmes que, pour convertir les sauvages au christianisme, il ne pouvait être mauvais de les rapprocher des Français : l'intérêt, l'esprit d'imitation, un certain respect peut-être pour une race supérieure, tout disposait ces indigènes à choisir la même foi que leurs protecteurs.

Les Jésuites avaient réussi, dans ces conditions, à fonder deux petites communautés de sauvages chrétiens, qui pratiquaient souvent leur religion nouvelle avec l'ardeur des conversions récentes *. A la Madeleine, qui était la maison de repos des missionnaires de l'ouest, une vingtaine de familles indiennes étaient groupées, d'origines très diverses; les convertis eux-mêmes avaient élu deux chefs, « l'un pour la police et la guerre, l'autre pour avoir l'œil à l'exercice du christianisme et de la religion ^ ». On s'efforçait surtout de combattre, chez ces néophypes, l'ivrognerie et les débauches contre nature, deux causes de l'épuisement [rapide de ces races du Nord-Amérique, et l'on y parvenait pour quelques-uns : un Iroquois chrétien de Saint-Xavier, invité un jour par des amis païens à prendre sa part d'une chaudière d'eau-de-vie, se contenta de « satisfaire à la soif et à la complaisance qu'il devait avoir pour ses compatriotes », puis voulant empêcher le scandale d'une orgie générale, il renversa la chaudière d'un geste volontairement maladroit *. Les Iroquois membres de la communauté de la Madeleine s'engageaient à ne pas s'enivrer et renonçaient à la polygamie ; ils ne s'interdisaient pas la chasse, mais ils y allaient par bandes régulières, sous des dogiques ou catéchistes indigènes ; après trois ou quatre mois d'absence, ils revenaient à la mission ^; les Pères avaient établi parmi eux des confréries pieuses, comme celle de la Sainte Famille. Lorsque, en 1676, Ms' Laval revenu au Canada com-

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