Margry, I
dut être signée ensuite, dans l'été de 1674, au moment où expiraient les pouvoirs de La Salle. Or, à cette époque, La Salle écrit à Paris pour solliciter la même faveur. Connaissait-il le dessein de Frontenac? Il était encore lié avec Bazire, dont il était l'hôte, à Montréal, le mercredi des Cendres de 1674 *; il était aussi l'ami de Lebert; on peut même croire qu'une place lui était réservée dans le plan de Frontenac et de ces deux marchands; il faut donc qu'une raison grave l'ait déterminé à se séparer d'eux : c'est qu'à ce moment Jolliet est redescendu au Canada; peut-être La Salle l'a-t-il entretenu à son passage devant le fort Frontenac; peut-être a-t-il appris que cette route des Lacs, dont il commande le poste de tête, est meilleure vers le Mississipi que celle de l'Ohio, sur laquelle il s'est deux fois engagé sans succès. De là son désir de faire du fort Frontenac le point de départ d'une chaîne de postes vers le Mississipi et le golfe du Mexique. Il se trouve alors que ce fort, à peine créé, devient l'un des points les plus importants de tout le Canada pour le progrès des explorations, et Jolliet, qui est le véritable découvreur du Mississipi -, n'aura fait que jalonner la voie pour des expéditions dont il ne fera plus partie. L'établissement des Jésuites au Saut-Sainte-Marie a, du même coup, perdu beaucoup de son importances là est le principe des hostilités auxquelles se buttera La Sall^En même temps, le succès de Frontenac vient de susciter contre lui des ennemis, atteints dans les intérêts de leur commerce ; le gouverneur général savait que, même respecté des sauvages, il ne dirigeî:âit utilement la politique indigène de la Nouvelle-France qu'en surveillant étroitement les coureurs de bois; il dut employer toute son énergie contre des résistances qu'il eût brisées pour toujours, si le gouvernement métropolitain, mieux inspiré, ne lui eût pas rendu la tâche impossible en prétendant régler l'administration du Canada sur le patron des provinces de France.
Note. — Le voyage de Jolliet et Marquette. Un récit de ce voyage parut dès 1681 à Paris, dans un Recueil de Thévenot ^, parmi d'autres rela-
i. Jug. du G. S., I, 846.
2. Ce n'est pas ici le lieu d'exposer la controverse relative à cette découverte, attribuée par quelques-uns, en dépit des documents et des vraisemblances, à Cavelier de la Salle; on en trouvera un fort intéressant résumé dans le livre de Harrisse, Noies sur la Nouvelle-France, p. 121 ss.