‹ Le comte de Frontenac; étude sur le Canada français à la fin du XVIIe siècleChapitre 84 sur 378 · Ar. col., C. G. Can · texte numérisé non relu

Ar. col., C. G. Can

compromettaient l'influence française auprès des indigènes. L'intendant Talon s'était, à maintes reprises, plaint des abus de ce genre et Colbert l'encourageait sans cesse à se montrer impitoyable ^

L'année même où Frontenac arrivait au Canada (1072), Colbert se félicitait, dans une lettre à Talon, que le commerce des pelleteries commençât à languir en France et qu'on fût ainsi mieux venu à recommander aux Canadiens les occupations agricoles, la recherche des mines et la pêche '; il invitait Frontenac, dans ses Instructions, à faire défricher de proche en proche, car l'éloignement des cultures avait déjà retardé l'augmentation de la colonie et facilité les succès des Iroquois ^. Le nouveau gouverneur général déféra sans tarder au vœu de Colbert : dès le 27 septembre 1672, il lançait contre les coureurs de bois une première défense; il avait appris, disait-il, que leur nombre croissait tous les jours, et qu'ils étaient soutenus par quelques habitants qui, « ouvertement ou secrètement, leur vendent ou prêtent des marchandises au moyen desquelles ils continuent leur commerce avec les sauvages ». Dans son mémoire du 2 novembre 1672, Frontenac s'exprime très durement pour les coureurs de bois, qui, « si l'on n'y prend garde, deviendront comme les bandits de Naples et les boucaniers de Saint-Domingue »; ils résistent à toutes les ordonnances, font entre eux des partis redoutables, et menacent même si on les poursuit trop vivement « d'aller du côté de Manhatte et d'Orange, où ils se vantent qu'ils seront reçus et auront toute protection ». Là était, en effet, l'un des plus graves dangers; ces vagabonds pouvaient servir d'espions à nos ennemis européens, et Frontenac, qui savait combien Colbert tenait à donner partout la supériorité commerciale aux Français sur les Hollandais, était sûr, eu sévissant avec rigueur, d'agir à la fois selon les intérêts de la colonie et selon les désirs du ministre. Aussi l'ordonnance du 27 septembre 1672 est-elle très sévère. Elle défend aux Canadiens de sortir de leurs habitations avec des denrées de commerce, sous quelque prétexte que ce soit, s'ils ne sont munis d'une autorisation formelle; des délais sont fixés dans lesquels les absents devront être rentrés ; toutes les marchandises détenues

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