Margry, I
idées que les négociants dont il tenait sa petite fortune, ni que le gouverneur général lui-même. Son plan restait de trouver un chemin vers Touest, soit vers la Chine, soit vers le Mississipi, dont le voyage de Jolliet avait démontré le voisinage; comme Ta très judicieusement noté Garneau % il espérait couvrir par les bénéfices du commerce les frais de ses explorations; commandant du fort Frontenac, La Salle se juge dans une situation provisoire, comme lorsque naguère, après ses premiers échecs, il chassait avec les Iroquois pour refaire ses ressources; les circonstances lui ont livré le moyen d'agir selon ses goûts, en servant les intérêts des marchands qui ont foi dans ses talents; il demeure, au milieu de ce trafic où d'autres eussent poursuivi seulement une prompte fortune, le découvreur anxieux du nouveau, impatient des délais que la prudence lui impose, désintéressé jusqu'à la maladresse, et bien différent, dans son attitude de chercheur opiniâtre et pensif, du conquistador rapace de TAmérique espagnole, ou de Taventureux coureur de bois du Canada français.
Son entourage le regarde comme captif d'une idée qui le domine *, se lançant à l'étourdie, sans avoir bien mesuré les obstacles contre lesquels sa passion l'entraîne ; dans la société si tumultueuse et bruyante qui est alors celle du Canada français, La Salle nous apparaît silencieux, triste, brutal parfois comme les voyants, mais animé toujours de cette conviction robuste qui préserve des plus légitimes découragements. Par sa persévérance, par sa volonté froidement inflexible, par l'humeur farouche de son caractère et son goût de la solitude, comme s'il eût craint de ne trouver personne pour le comprendre, La Salle mérite dans l'histoire de la Nouvelle-France, une place particulière '; quoique