Relai. de La Salle. Id
il pas reçu de Frontenac, ordre de ne pas s'éloigner à un moment où la guerre avec les Iroquois paraissait imminente?
Les découvertes de La Salle avaient beaucoup reculé les limites de rinfluence française; ses établissements au fort Frontenac, aux Illinois, même à Niagara, quoique les premiers bâtiments de ce poste aient été brûlés en 1680, avaient le caractère de colonies et non de simples campements; c'était donc une prise de possession effective du sol, et les droits de La Salle étaient évidemment supérieurs, sur la région contestée des Illinois, à ceux de JoUiet et des Jésuites, premiers explorateurs, sans doute, mais n'ayant rien fondé de durable. Le fort même de Niagara, simple habitation palissadée, eût été transformé et reconstruit assez solidement pour résister à un incendie, si les ennemis de La Salle, en inquiétant les Iroquois, n'avaient obligé l'explorateur, pour ne pas perdre de temps, à se contenter d'une station provisoire *. Comme Frontenac, La Salle connaissait l'art difûcile de parler aux indigènes, de leur faire accepter ses conseils, et c'était là peut-être en lui la qualité qui inquiétait le plus vivement ses rivaux; partout où il a créé des forts, l'action française est restée longtemps prépondérante, et Frontenac ne pouvait trouver, pour développer sa politique indigène, de collaborateur plus actif et plus intelligent que La Salle; aussi ne lui ménagea-t-il point sa protection, tant qu'il garda les moyens de surveiller les découvertes; mais à mesure que La Salle s'éloignait des Lacs, cette surveillance était plus difficile. Peut-être Frontenac avait-il vu La Salle, à Québec ou Montréal, dans l'été de 1680; l'année suivante, il lui avait écrit de descendre à Montréal; La Salle, arrivant au fort du lac Ontario» trouvait cet ordre et s'y conformait aussitôt; mais Frontenac ne fut pas au rendez-vous, et La Salle qui n'était venu que pour le voir, déclare que c'est bien du temps inutilement perdu; d'après le P. Leclercq, le gouverneur, empêché, aurait envoyé son secrétaire Barrois à La Salle, pour se concerter avec lui *. S'agissait-il des affaires iroquoises? Probablement, mais il ne semble déjà plus que Frontenac et La Salle se conduisent exactement d'après les mêmes principes, puisque le premier n'hésite pas à commander
1. Le P. Leclercq, Établissement de la Foij II, 143. — Leclercq accompagna La Salle sur le Mississipi; c'est lui qui assista le découvreur à se& derniers moments. Il, 341.