Lettre du 10 mai 1691. Âr. col., C. G. Can., XI
En France, Tévêque de Québec soumit ses contestations à un tribunal de deux arbitres, rarchevèque de Paris, François de Harlay, et le P. de La Chaise, confesseur du roi. Les intérêts du séminaire étaient défendus devant ces juges par Tabbé Brisacier, supérieur du séminaire des Missions Étrangères, auquel celui de Québec était affilié. M**" Saint -Vallier obtint partout gain de cause; un arrangement rédigé par les arbitres fut signé par l'abbé Brisacier et par lui; le Conseil d'État rendit ensuite, le 11 février 1692, un règlement conforme : le séminaire s'occuperait seulement de former de^ prêtres et, par exception, de pourvoir aux missions; aucune cure ne lui serait unie désormais sans l'approbation de Tévêque; les fonds du roi seraient partagés par tiers entre le séminaire, les curés et les églises; le mobilier des presbytères serait fixé dans ces habitations; les statuts du chapitre de la cathédrale de Québec devraient être approuvés par Tévêque; les biens du prélat seraient séparés de ceux du séminaire, et par voie de conséquence, sa bibliothèque, retenue par le séminaire, lui serait rendue. Nous ne voyons pas que la question des dîmes ait été réglée par les arbitres; quant aux abbés Glandelet et de Mézeray, le roi sursoit à leur rappel pour un an d'abord, et sine die, ensuite, si la bonne harmonie se rétablit entre eux et leur évéque *. Cette sentence porte la trace des idées qui prévalaient à la cour de France sur la discipline ecclésiastique; on voit qu'elles ne s'accordaient guère avec celles que professaient, comme M»' Laval leur ancien évêque, la plupart des prêtres canadiens. Le 1" décembre 1692, l'arrêt du Conseil d'État fut enregistré à Québec, non sans que le grincheux procureur général d'Auteuil eût relevé l'oubli d'une formalité que l'évêque avait omise *.
Pendant que l'évêque était en France, les adversaires de Frontenac, laissés libres par cette absence, se montraient plus agressifs. Déjà dans une lettre d'avril 1691, le ministre invitait Saint- Vallier à « modérer le zèle des ecclésiastiques », trop formels contre le commerce des boissons spiritueuses; c'était la réponse de la cour aux griefs exposés, en novembre 1690, par le gouverneur général : « les scrupules des prêtres gênent beaucoup les cons-
1. Les documenls les plus complais sur celle alTaire sonl aux Ar. col., M. S. M., V, GO ss. — iW»' Sainl'Vallier et VHôpital général de Québec, p. 82 ss.