Aujourd'hui baie de Fundy
les Anglais se rendirent, à condition qu'on les ramènerait à Boston (août 1696). Ces conditions acceptées, d*lberville détruisit le fort de Pemkuit et répartit entre les auxiliaires les armes, provisions et munitions abandonnées par les Anglais ^ Un détachement, commandé par Villieu, conduisit les prisonniers à Boston, comme il était convenu; mais cet ofïicier, sous prétexte qu'il était arrivé plus tard que le jour fixé, fut incarcéré plusieurs mois, puis embarqué pour la France. Yillebon n'apprit qu'au bout de deux ans ce qu'il était devenu *.
D'iberville avait donc exécuté brillamment la première partie de son programme; mais de telles entreprises étaient peu profitables, parce que c'étaient des victoires sans lendemain : à peine les vaisseaux français se sont-ils éloignés que les Anglais reviennent; ils refont en sens inverse, sans être arrêtés, l'itinéraire de d'iberville, passent à Pentagoct, mais sans s'attarder à poursuivre les sauvages de Saint-Castin dans les bois et vont assiéger Yillebon dans le fort de Naxoat. Repoussés, ils pillent les habitants de Beaubassin, qui avaient pourtant accepté de Phips, six ans auparavant, un acte de soumission aux souverains d'Angleterre (septembre-octobre) '. Sans doute on ignorait, à la Cour, comment les Acadiens étaient forcés de rester en rapports avec Boston et de passer au besoin, comme ceux de Beaubassin, des traités particuliers de neutralité. Quand Yillebon parlait, pour assurer la tranquillité de la colonie, de permettre la pèche aux bateaux de Boston en leur faisant simplement acquitter une taxe, on se demandait s'il n'était pas vendu aux Anglais*, et l'on ne comprenait pas que des croisières comme celles de d'iberville n'auraient point d'effet durable, tant que des communications permanentes ne seraient pas établies entre TAcadie et le Canada. C'est par là que Frontenac voulait commencer, docile aux avis des habitants les plus autorisés^. L'Acadie n'avait de valeur que comme façade, sur la mer toujours libre, d'une colonie intérieure; réduite
1. Journal de d'iberville, 24 sept. 1606. — Calliëres à la Cour, 20 oct. 1696. Ar. col., C. G. Can., XIV, 234, 242. — Corresp. do Yillebon. /d., Acadie, m, 16, 19.
2. Lettres de Yillebon. /d., id., 23, 128. — La Potherie, III, 290.