XIV. UiO
3. Utlres des 21 et 2S avril 1697. Jd., 0. d. R., 1606-97, 221, 234.
roi ne l'a point visé personnellement, en supprimant les congés, mais qu'il a fait œuvre d'intérêt général. Frontenac n'en jugeait pas ainsi, et l'ordonnance de 1696 ne fut promulguée par lui qu'au mois de mai 1697, c'est-à-dire au moment où la traite dans les bois était à peu près terminée ; alors seulement, il faisait défense h quiconque de traiter, sous quelque prétexte que ce fùl, et de donner à coucher à tout étranger, Français ou sauvage, sans en faire la déclaration immédiate ; Callières, gouverneur de Montréal, publia cette déclaration dans son ressort, le 1" juin; un capitaine des troupes du roi. Le Verrier fut posté avec un détachement en amont de Montréal, pour arrêter ceux qui voudraient monter aux Outaouais, sans congé spécial du gouverneur^.
En écrivant au ministre par le courrier de 1697, Frontenac explique quelles sont les difficultés qui s'opposent à l'exécution entière des ordres du roi * : les postes éloignés ne peuvent vivre sans la traite; si donc on condamne la traite, il faut évacuer ces postes; le gouverneur ne s'y résoudra pas sans peine; il voudrait tout au moins garder le fort Frontenac, qu'il vient de faire ravitailler par cent cinquante hommes; il a de même laissé partir pour Michillimackinac Tonty et quinze Français; enfin Le Sueur continue vers l'ouest les recherches de mines pour lesquelles la Cour l'a commissionné ; il serait très fâcheux et d'un très mauvais effet sur les sauvages qu'on ne laissât dans le haut pays aucun Français pour représenter le roi. D'après Ghampigny, porteparole des adversaires de Frontenac, ce rôle devait revenir aux missionnaires : « la traite étant défendue dans les pays éloignés, écrit l'intendant, il est bon que les missionnaires s'emploient à conserver les sauvages alliés dans nos intérêts et leur promettent la protection des Français contre l'iroquois '. »
Quel était le plan des Jésuites, alors seuls missionnaires des Outaouais? Il est aisé de le découvrir; les Pères espéraient, à la faveur de la suppression des congés, se débarrasser de la surveillance des officiers du roi, qui ne vivaient que de traite, et reconstituer avec des sauvages et des métis les communautés lointaines que le gouvernement de Frontenac avait si profondément transformées; ils mariaient volontiers des coureurs de bois
\. Ar. col., C. G. Can., XV, 154.