‹ Le comte de FrontenacChapitre 330 sur 358 · Lellre du 6 nov. 1695. Id., C. G. Can., XIII · texte numérisé non relu

Lellre du 6 nov. 1695. Id., C. G. Can., XIII

saints, car on les canonise dans ce pays à bon marché * ». On comprend que, professant des doctrines pareilles, Cadillac fût médiocrement estimé des Jésuites de Michillimackinac. Ghampigny le choisit comme une victime de distinction, et ce fait conflrme d'une probabilité nouvelle la conjecture que l'intendant jouait toujours, dupe ou complice, la partie des ecclésiastiques contre le gouverneur '.

Cadillac, lorsqu'il commandait dans le haut pays, avait pour associés deux marchands nommés Moreau et Durand; un jour un canot conduit par ces individus, est arrêté près de Montréal sur Tordre de Champigny, et les marchandises confîsquées, vendues à l'encan, produisent six cent soixante-quinze livres, applicables à THôtel- Dieu de Montréal. A cette occasion, Cadillac s'emporte contre Moreau, l'incarcère dès son retour à Michillimackinac, et le dépouille de plusieurs valeurs pour recouvrer, disait-il, celles perdues par sa faute. Moreau, très irrité, dénonce Cadillac comme ayant traité souvent en fraude des ordonnances, et le Conseil Souverain est saisi de l'aiTaire, à la diligence de Tintendant. Cadillac alors introduit une requête, prétendant que son cas relève de la prévôté de Québec, et non du Conseil; celui-ci, poussé par Champigny, se déclare compétent, et délibère de plus que l'intendant restera juge, quoique Cadillac ait invoqué contre lui des motifs personnels de récusation. Frontenac intervient: il blâme vivement l'attitude du Conseil et les magistrats, sans s'arrêter aux difficultés que suscite le procureur général d'Auteuil, décident bientôt « que l'intendant sera prié de les dispenser de connaître dudit procès, dont toutes les pièces seront envoyées à M. de Pontchartrain, pour savoir les intentions du roi ». Le gouverneur, rentrant en séance, félicite le Conseil de cet arrêt, mais adresse à d'Auteuil quelques paroles sévères. Champigny s'entête ; comme intendant, dit-il, il évoque à lui la cause, et malgré les menaces de Frontenac, condamne Cadillac à des dommages-intérêts considérables. Le gouverneur s'oppose à l'exécution et envoie Cadillac en France, porteur de la correspondance

1. Mém. de Cadillac, 1694. Ar. col.. G. G, Can., XIII, i90. Quelques mots de cette citation sont adoucis.

2. Le vol. des Ar. col. intitulé Postes des pays d'en haut, III, contient sur Michillimackinac et les Jésuites une série de lettres de LaMolhe Cadillac Voir p. 6, 10, 21, 34, etc.

officielle de 1698 *. Avant de quitter rAmêrique, Cadillac avait eu soin de désintéresser Moreau: TafTaire, à laquelle la mort do Frontenac ôla beaucoup de son importance, paraît avoir éli^ classée à Paris: peu de mois après, Cadillac retournera dans la Nouvelle-France sans avoir, semblc-t-il, encouru aucune disgrâce du roi *.

Les lettres de 1698 montrent que la discorde était alors, entre gouverneur et intendant, plus vive que jamais: TAgc n*avail point affaibli l'ardeur processive de Frontenac, et ses adversaires s'exaltaient à proportion qu'il déployait contre eux plus d'impatience; Champigny représentait que Le Sueur, au lieu de chercher des mines, faisait le commerce de l'eau-iie-vie avec les sauvages et qu'il était responsable de troubles graves entre les Sioux et plusieurs autres nations; Tonty n'agissait pas autrement à Michillimackinac; si l'on veut faire cesser la traite des castors, ajoutait-il, il ne faut pas laisser un seul Franc; ais dans les forts éloignés, « étant indubitable que tant qu'il yen aura, exropt*^ 1rs m^'m/jc missionnaires, le commerce y sera continué ^ ». Tous les cht^fs de postes, tous les découvreurs envoyés par Frontenac étaient donc au même titre suspects à l'intendant.

La cour pensait comme Champigny; seul, d'Iberville avait reru licence de faire la traite des castors à la baie dMïudsoii ; encore spécifiait-on « pour cette année et la prochaine ». Parlcuit ailleurs, puisque les officiers ne pouvaient vivre ([ue de commerce, il fallait les faire revenir sans exception, sacrifier Michillimackinac, les Illinois, Saint-Joseph des Miamis, le fort Frontenac enfin ; rien ne montrerait mieux aux Iroquois, que les F'ranrjais n*ont pas l'intention de leur nuire*! Calliëres était averti que, s'il encourageait les fraudeurs, le roi, très bien disposé pourtant, oublierait de parti pris tous ses anciens services. Mais l'évacuation de nos stations lointaines, ordonnée par le ministre, était-elle désormais poMsible? Tonty, arrivé de Michillimackinac au milieu d'octobre, assurait que les coureurs de son commandement hésitaient à

i. Lettres de Frontenac, 10 ocl. 16î)8; de ChauifMffnv, 3 juillet, 24 orlobre. Ar. coU C. G. Can., XVI, 50, 87, 121. ~ iuii. du C. S., IV, 165, 172, IHO.

2. A la fin de 1690, il assiste à une conférence des notables canadienn sur la question de la ferme du castor. Ar. roi.. Postes des pays d'en haut, III, 40.

.3. Lettres des 14 et 21 oct. IC'J». /«/., C. G.Can., XVI, 110, 112, 132.

4. Le ministre à d'Iberville, 21 mai 1698; — à Frontenac, 21 mai; — â Calliëres, 21 mai. /c/., O. d. R., 161*8.1*9, 44, 64, 82.

revenir dans les établissements du bas fleuve; les uns demandaient de nouveaux délais; d'autres, plus résolus, parlaient d'une désobéissance ouverte ; vingt-six canots seulement étaient descendus à Montréal. Devant ces complications, que peut-être il avait prévues et souhaitées, le gouverneur demandait|au ministre ce qu'il devait faire; il gagnait encore du temps, et, se refusant à l'évacuation complète du fort Frontenac, en diminuait seulement la garnison*. Au début de 1699, le ministre ignore encore la mort de Frontenac : il lui adresse les lettres des 25 mars et l*"" avril, où il parle peu de la traite, mais plutôt des négociations engagées avec l'Angleterre pour compléter le traité de Ilyswick. Il garde cependant contre ce commerce toutes ses préventions, puisqu'il fait révoquer la permission donnée à Le Sueur « d'aller fouiller les mines qu'il prétend avoir trouvées sur le Mississipi * ». Mais Callières saura continuer la tradition de résistance léguée par Frontenac.

La politique prescrite parle ministre était d'autant plus dangereuse que le gouverneur avait porté ses armes ehez les Iroquois; renoncer à nos alliances du haut pays, c'était en quelque sorte faire amende honorable de la guerre précédente et laisser croire à tous les indigènes que nous avions été battus; une attitude plus énergique, au contraire de ce que croyait Pontchartrain, imposerait seule aux Iroquois le désir d'une paix sincère. Aussi, pendant toute Tannée 1697, Frontenac fit-il continuer les partis; au début de l'hiver, il pensa même diriger contre les Agniers une campagne plus importante, analogue à celle de 1696; il avait commandé pour cet objet les milices de l'île d'Orléans et des côtes méridionales du lleuve, mais la neige tomba en telle abondance que l'armée ne put partir ^. Frontenac abandonna donc son projet, mais les Iroquois, avertis qu'il ne désarmait point, se montrèrent plus circonspects et parlèrent sérieusement de traiter. La mort d'Ouréouharé, arrivée à ce moment, priva Frontenac d'un excellent auxiliaire; ce chef servait depuis un an au fort du lac Ontario, et par de fréquentes visites chez ses compatriotes, cherchait à seconder les vues du gouverneur; il avait rangd'offi-

1. Lettres des administrateurs et de Callières, oct. 1698. Ar. col., C. G. Can., XVl, 6,62, 130, et M. S. -M., Vï, 62.

2. /(/., 0. d. R., 1698-99, 135, 139. — Jug. du C. S., IV, 363.

3. Lettres de Cliampigny, 12 juillet 1698. Ar. col., C. G. Can., XVl, 97; de Callières, 13 oct. 1698.' /rf., M. S. M., VI, 62.

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