Histoire de la youvelU-France, I
souvent à Sillerî, près de Québec, où était installée une petite mission; un Jésuite, le P. Gabriel Dreuillettes, leur avait été envoyé en août 1646, mais les Relations, à Tépoque de l'arrivée de Frontenac, parlent peu des tribus abénaquises *. La raison en seraitelle que des missionnaires non jésuites étant venus se Hxer dans ce pays, les Pères avaient jugé inutile de s'y établir après eux? Les Abénaquis passaient pour les moins prévoyants des sauvages, — ce qui est une note assez fâcheuse; ils vivaient au jour le jour, de chasse, de pèche et de pillage; c'étaient pour les colons de la Nouvelle-Angleterre des ennemis fuyards, insaisissables, comme les Iroquois pour les Français de Montréal.
Les Outaouais ou Algonquins s'étendaient en tribus nombreuses de la baie d'Hudson aux rives des lacs Huron et Supérieur; car le P. Gharlevoix désigne sous le même nom les indigènes que Saint-Lusson réunit au Saut-Sainte-Marie en 1671, et ceux de la grande baie septentrionale; en somme, le pays des Outaouais comprend toute la région à l'ouest du lac Ontario, avec une voie centrale, par où Ton monte de Montréal au Saut-Sainte-Marie, celle du lac Nipissing. Tous les habitants de ce vaste pays mènent la même vie vagabonde; ils n'ont guère que des cabanes provisoires, dont chacune abrite, pendant la saison du repos, cinq, six et jusqu'à dix familles*; ils n'ont pas de croyances religieuses déterminées; les Pères rencontrent rarement des idoles, comme ce rocher voisin de la baie des Puants « formé naturellement en façon de buste d'homme,... que les passants peignent d'ordinaire des plus vives couleurs », et que les PP. Dablon et Allouez eurent la joie de précipiter dans une rivière ; on ne voit pas non plus que le supplice des prisonniers de guerre soit une action liturgique. Les sauvages croient seulement à des génies répandus dans l'air, dont ils sollicitent parfois les conseils par des jeûnes prolongés; ils se mettent ainsi dans un état d'excitation nerveuse où ils trouvent l'inspiration cherchée '; sont-ils malades, ils ont recours aux pratiques de sorcellerie de leurs jongleurs. Ils n'ont pas d'organisation politique ; parfois seulement les anciens se réunissent, par exemple quand une peuplade voisine menace d'une guerre
1. En 1670, le P. Dreuillettes est au Saut-Sainte-Marie. (Relat. de 4670-71 y p. 102.)