‹ Le comte de FrontenacChapitre 48 sur 358 · Relat. de 167/, 93 ss · texte numérisé non relu

Relat. de 167/, 93 ss

quand il s*agit du xvii* siècle, combien la prédicalion efficace du catholicisme était malaisée parmi ces peuples; en général, ils accueillaient volontiers les missionnaires; séduits par la nouveauté du costume, des cérémonies, attirés par des présents, soignés souvent dans leurs maladies, ils écoutaient les exhortations et se laissaient quelquefois baptiser ; mais bien rarement ils donnaient aux Pères le plaisir d'une conversion réelle. Les Relations ellesmêmes avouent que les conquêtes sérieuses du christianisme étaient peu de chose : « Après tout, écrit le P. Dablon, il faut convenir que ces peuples ont de grandes oppositions à la foi et que la conversion d*un sauvage est un coup du ciel \. » Les causes de ces « oppositions » sont multiples : Tindigène est orgueilleux, passionné pour la liberté ; il ne veut pas renoncer à sa vie errante de chasseur ou de guerrier; il est souvent adonné à des vices honteux et, « depuis plusieurs années, possédé par le démon de Tivrogoerie ». Les missionnaires, pourtant, ne se laissent pas décourager; ils sont ordinairement aimés des sauvages, ils en profitent pour se mêler à eux et baptiser furtivement, quand ils ne peuvent mieux faire, des nouveau-nés ou des moribonds. Ils comptent sur le temps pour réussir davantage, et, en attendant, ne négligent aucun moyen de gagner la confiance des indigènes en fiatlant leurs goûts de grands enfants.

Les Pères missionnaires s'attachaient moins à prêcher la doctrine qu'à fixer l'attention de leurs auditeurs : le P. André avait remarqué que les sauvages aiment la musique ; il avait alors composé à leur usage plusieurs cantiques, et, « les ayant enseignés aux enfants, au son d'une flûte douce, il allait avec tous ces petits musiciens sauvages déclarer la guerre aux jongleurs, aux rêveurs et à. ceux qui avaient plusieurs femmes ». D'après le même principe, le P. RafTeix avait introduit chez les Iroquois Goyogiiens les chants de l'Église, en accommodant diverses prières et quelques hymnes en leur langue*; à Saint-Xavier de Montréal, les sauvages convertis formaient deux chœurs de chant, l'un d'hommes, l'autre de femmes*; toute l'indulgence des missionnaires devait être nécessaire, pour accepter et surtout pour diriger un pareil accompagnement aux cérémonies du culte; car les chanteurs sau-

Page 1