‹ Le comte de FrontenacChapitre 76 sur 358 · Réimprimé en · texte numérisé non relu

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lions qui se rapportent à divers pays encore peu connus, comme la Chine. Le titre est « Voyage et découverte de quelques pays et nations de rAmérique septentrionale par le P. Marquette et le S'' Jolliet ». Le manuscrit sur lequel cette publication a été faite doit être le même que celui dont se sont servis successivement Shea (New- York, 1855) et le P. Martin (Recueil de Douniol). Il n'y a de difTérences notables qu'au début, où la version de Thévenot nous parait la meilleure, puisque celle do P. Martin (p. 242) assigne l'accord de Frontenac et de Talon pour l'envoi de Jolliet à 1073, date à laquelle Talon se trouvait en France : il est bien peu vraisemblable que Marquette eût commis une erreur pareille; l'auteur responsable est donc quelque correcteur, probablement le P. Dablon, qui a retouché le manuscrit (cf. la préface de Shea).

On ne voit pas pourquoi la publication de Thévenot aurait encouru le reproche de malveillance si les Jésuites n'avaient regretté précisément le fait même de la publication : car il n*cst pas vrai que Thévenot ait mutilé le manuscrit « en supprimant le nom de Marquette * ». Mais nous savons, par la préface de Shea aux Relations de 1073-1679, que le P. Dablon qui avait composé ce dernier recueil, en abrégeant les documents originaux qu'il avait en mains, en avait omis volontairement le voyage de Jolliet et Marquette; « ceci s'explique, par le dessein qu'il avait de publier séparément la relation de cette importante découverte » ; si la publication annoncée n'eut pas lieu, c'est qu'elle fut retardée « par la mort du P. Marquette, resté dans l'Ouest, et par d'autres causes que nous ignorona ». Une de ces causes n'est-elle pas le désir de dissimuler la participation furtive des Jésuites à la mission d'exploration confiée à Jolliet par les administrateurs?

Dans le recueil de Douniol, le P. Marquette parle des ordres de Frontenac et de Talon à Jolliet « pour faire avec moi cette découverte ». Mais cela ne se trouve pas dans l'édition de Thévenot, qui commence en ces termes : « Je m'embarquai avec le S"" Jolliet qui avait été choisi pour conduire cette entreprise».... Y aurait-il donc dans Douniol une addition postérieure? Les deux textes sont d'accord, au contraire, un peu plus loin, pour présenter Jolliet comme envoyé par le youveimeur pour découvrir <\e nouveaux pays, et Marquette comme venant de la part de Dieu pour les éclairer des lumières du Saint Évangile.... Il est difficile de donner une conclusion formelle; on avouera toutefois la grande probabilité de notre hypothèse. La sincérité personnelle de Marquette est incontestable, comme l'intérêt de sa Relation; mais il semble bien qu'il s'iidjoignit à Jolliet par ordre de ses supérieurs et non des administrateurs civils, et que la Compagnie fit tout ensuite pour laisser ignorer cette initiative que Frontenac eût certainement condamnée.

1. La préoccupation principale de Thévenot parait être de publier des documents curieux sur les relations entre rEurope et la Chine. 11 tire du voyage de Jolliet et Marquette (préface, p. 7) la preuve qu'on aurait tort désormais de chercher un passage nord-ouest vers la Chine; nous n'avons pas à discuter ici cette opinion, mais simplement à montrer que Thévenot n'avait aucune raison de corriger le manuscrit de Marquette.

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