‹ Le comte de FrontenacChapitre 9 sur 358 · Ar. col., G. G. Can · texte numérisé non relu

Ar. col., G. G. Can

ne l'avaient cru d'abord. Mais ils sont alors occupés à d^autres guerres, contre des tribus du sud, puis Tamitié des Canadiens sert leurs intérêts, car très adroitement, Gourcelles et Talon profitèrent de Timpression produite, pour entrer en relations d'affaires avec eux. L'entreprise ne manquait pas de difficultés : il y avait malgré tout de fréquentes rencontres entre chasseurs iroquois et coureurs de bois français, et l'on en venait aux mains quelquefois. Gourcelles s'attacha toujours à prévenir un conflit général; un jour, des pillards français ayant volé les pelleteries d'un chef iroquois, il alla lui-même à Montréal, où se trouvaient alors des parents de la victime, pour désavouer les agresseurs dont trois furent fusillés. Frontenac, plus tard, continua cette même politique; poussé parfois à la guerre, il préféra toujours négocier; comme Gourcelles, il sentait le danger de provoquer les Iroquois, surtout en présence des établissements rivaux de la Nouvelle-Angleterre. Déjà Gourcelles montre beaucoup d'habileté dans sa diplomatie avec les sauvages; il invite les chefs à sa table, distribue de nombreux présents, s'affirme comme le père commun de toutes les tribus et le gardien de la paix générale entre elles; c'est lui qui eut l'idée première de la construction d'un fort français au nord-est du lac Ontario; Frontenac, héritier de cette idée, l'a réalisée; jamais mieux on n'apprécia cette politique de prudence et de progrès pacifiques, que sous La Barre et Denonville, successeurs de Frontenac, qui l'abandonnèrent pour faire la guerre.

L'expédition contre les Iroquois terminée, les administrateurs restaient libres de s'occuper de la colonisation proprement dite; Golbert l'avait dit à Talon, le roi désirait qu'après cette guerre, on engageât les soldats à se fixer dans le pays, « en faisant à chacun d'eux une légère gratification au nom de Sa Majesté, et leur procurant même, des anciens habitants, quelques terres défrichées outre celles qu'on pourrait leur accorder pour les mettre en culture * ». Un projet de règlement * de Tracy et Talon, daté du 24 janvier 1667, pose les principes de cette colonisation militaire. On s'efforcera, disent les auteurs, de rapprocher les habitants, ce qui sera utile contre les Iroquois aussi bien que pour la facilité

i. Instructions de Colbert à Talon, 27 mars 1665, dans Clément, IIP, 395. 2. Ar. col., C. G. Can., II, 334.

du service religieux, radminisiration de la justice et des soins médicaux, la surveillance en commun des bestiaux; il faudra d'abord grouper ces villages autour de Québec (Montréal n^était encore qu'un lointain poste de traite), et sur ces terres nouvellement occupées, imiter le système romain des praedia mililaria, c'est-à-dire faire défricher par les soldats pour établir ensuite les familles qui viendront de France.

En fait, nombre de soldats devinrent habitants, et fondèrent eux-mêmes des familles, car le gouvernement prit soin, pendant plusieurs années, d'envoyer au Canada des jeunes filles qui trouvaient mari dès leur débarquement. Tous, cependant, n'avaient pas le courage de mettre leurs concessions en valeur : c'est que la tâche était rude, de déposséder la forêt pour semer des moissons dans les clairières conquises; les bois conviaient les aventureux à la vie nomade du chasseur indigène; beaucoup alors quittaient les rives du bas Saint-Laurent et partaient vers l'ouest, à la recherche du castor et de l'orignal; en vain, les gouverneurs se plaignaient de ces désertions; jamais ils ne purent les empêcher.

Talon, pourtant, ne cessait de répéter que le sol canadien offrait mille ressources variées; lui-même n'hésitait pas à faire des essais pour donner l'exemple; on pourrait, disait-il dans une lettre au roi, en 1666, cultiver le chanvre si l'on n'expédiait plus de fil de France; il serait facile d'exploiter les bois pour la construction des vaisseaux et de pêcher la morue sur les rives si poissonneuses de l'île Terre-Neuve et dans le golfe du Saint-Laurent *. Ailleurs, il énumère tous les ouvriers qui trouveraient du travail au Canada, et cite notamment les boulangers et brasseurs, les charpentiers menuisiers et « bûcherons faiseurs d'ustensiles », les tanneurs et cordonniers, les fourreurs '. Il imposait des tarifs aux marchands ', pour prévenir des gains excessifs sur les denrées d'importation, et, par là même, encourager émigrants nouveaux et cultivateurs anciens.

Malgré tant de services. Talon avait des ennemis au Canada ; dès 1666, il demandait au roi son congé * : « J'aurais moins de

Page 1