III
fut même envoyée par les Pères du séminaire à Frontenac *. Il était difficile de donner & un confrère turbulent une leçon plus complète, et Frontenac d*autre part aurait dû se trouver satisfait. Mais, si Fénelon manquait de mesure, il semble que La Salle, de son côté, n'ait cherché qu'à envenimer Tincident; à peine sorti du sermon, il fait une tournée de visites dans Montréal, pour que les maladresses de Fénelon soient bien constatées même par ceux qui n'y avaient point pris garde d'abord; Fénelon aggrave son cas en recueillant des signatures en faveur de Perrot; il s'assure, entre autres, celle de Louis Chevalier, syndic des habitants de Montréal. Bientôt la population est divisée en deux camps, Frontenac cite alors Fénelon devant le Conseil, et les deux commissaires déjà délégués à l'instruction de l'afTaire Perrot, Tilly et Dupont sont aussi chargés de celle de Fénelon. Les prêtres du séminaire, interrogés, répondent avec beaucoup de réserve et de modération ; tout en blâmant l'intervention inutile de La Salle, tout en déclarant que leur collègue n'avait point voulu provoquer une sédition, ils avouent que « dans la conjoncture présente, le discours leur avait paru fort déplacé * ».
Cependant Fénelon était descendu à Québec : là, le 21 août 1674, il comparait devant le Conseil', présidé par Frontenac; dès le début, il proteste contre cette juridiction, assurant qu'il doit être livré aux juges ecclésiastiques et non aux tribunaux civils. Le grand vicaire de Dernières, remplaçant l'évéque absent, est invité à produire des conclusions par écrit; cependant le Conseil ne le presse pas, voulant « user de condescendance à cause de son caractère et de la charge qu'il exerce ». Fénelon profite de ce répit pour récuser un à un tous les magistrats du Conseil, à la réserve de trois; d'autre part, certains conseillers, comme Villeray, se montrent peu désireux de pousser l'affaire; plusieurs prêtres de Montréal, comme les abbés Remy et Francheville, refusent de déposer devant le Conseil Souverain, surtout contre un confrère; le premier aurait même tenu, sur le compte du gouverneur, des propos qu'il dut rétracter ensuite*; bref, les difficultés
1. Je suis ici la version particulièrement autorisée de Tabbé Paillon, III,