‹ Le comte de FrontenacChapitre 99 sur 358 · Douoiol, II, 58. — Gosseiin, op. cit., II · texte numérisé non relu

Douoiol, II, 58. — Gosseiin, op. cit., II

FRONTENAC ET LE CLERGÉ ISl

le comparer aux premiers évéques du christianisme. Mais cet homme apostolique était, en même temps, Tadministrateur le plus exigeant, le plus jaloux d'exercer toujours et malgré tout les droits qu'il croyait attachés à son titre; il aimait, autant que Frontenac lui-même, le pays dont il était le pasteur, mais il n'admettait pas que la Nouvelle-France devait être désormais autre chose qu'une mission; personnage autoritaire, ardent, sy mpatliiqne toutefois dans ses emportements mêmes, parce qu'il agit toujours avec cette franchise impétueuse qui commande au moins le respect. Les prouesses passées de Mf^ Laval ne laissaient pas supposer que son retour au Canada dût inaugurer une ère de concorde : il avait fait sentir son autorité souveraine à trois gouverneurs généraux, d'Argenson, d'Avaugour, de Mézy enûn, devenu sa victime pour n'avoir pas voulu rester sa créature*; i! avait emporté de haute lutte sa nomination d'évêque de Québec; aucun échec n'avait encore humilié son zèle. Il va maintenant trouver en Frontenac un adversaire égal à lui-même par l'eulètement et la passion de dominer; le conflit est inévitable; tout fait prévoir qu'il sera violent.

Le dernier biographe de M«^ Laval, l'abbé Gosselin, a pris à tâche de réhabiliter l'évêque de Québec contre ses détracteurs; il en veut particulièrement à Garneau, dont l'ouvrage, malgré l'indigence des documents que l'auteur pouvait connaître, prouve cependant le sens historique très droit et la très intelligente modération. Nous n'avons aucune hésitation à proclamer la réelle valeur de M«^ Laval, mais n'est-il pas excessif de prétendre que, dans ses différends avec Frontenac, ce prélat « contint toujours l'exercice du pouvoir dans les limites de la sagesse chrétienne et sacerdotale ' »? Bien plus, n'est-il pas injuste, passant de la défense à Tattaque, de contester à Frontenac les qualités que les contemporains sont unanimes à lui reconnaître, de dénoncer en lui « je ne sais quel faux air de parvenu et... dans sa parole, dans sa conduite une attitude hautaine qu'on ne rencontre pas d'ordinaire chez les hommes de race »? Garneau nous parait bien plus équitable lorsque, rendant hommage aux vertus de Laval, il indique sobrement qu'en l'état de la Nouvelle-France, il eût sans

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