‹ Le comte de Frontenac [microforme]Chapitre 108 sur 395 · Faillon, II à Jug. du C 4, Ar, col., À · texte numérisé non relu

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fut même envoyée par les Pères du séminaire à Frontenac *. Il était difficile de donner à un confrère turbulent une leçon plus complète, et Frontenac d'autre part aurait dû se trouver satisfait.

Mais, si Fénelon manquait de mesure, il semble que La Salle, de son côté, n'ait cherché qu’à envenimer l'incident; à peine sorti du sermon, il fait une tournée de visites dans Montréal, pour que les maladresses de Fénelon soient bien constatées même par ceux qui n'y avaient point pris garde d’abord; Fénelon aggrave son cas en recueillant des signatures en faveur de Perrot; il s’assure, entre autres, celle de Louis Chevalier, syndic des habitants de Montréal. Bientôt la population est divisée en deux camps, Frontenac cite alors Fénelon devant le Conseil, et les deux commissaires déjà délégués à l'instruction de l'affaire Perrot, Tilly et Dupont sont aussi chargés de celle de Fénelon. Les prêtres du séminaire, interrogés, répondent avec beaucoup de réserve et de modération; tout en blämant l'intervention inutile de La Salle, tout en déclarant que leur collègue n'avait point voulu provoquer une sédition, ils avouent que « dans la conjoncture présente, le discours leur avait paru fort déplacé ? ».

Cependant Fénelon était descendu à Québec : là, le 21 août 1674, il comparait devant le Conseil *, présidé par Frontenac; dès le début, il proteste contre cette juridiction, assurant qu'il doit être livré aux juges ecclésiastiques et non aux tribunaux civils. Le grand vicaire de Bernières, remplaçant l’évêque absent, est invité à produire des conclusions par écrit; cependant le Conseil ne le presse pas, voulant « user de condescendance à cause de son caractère et de la charge qu’il exerce ». Fénelon profite de ce répit pour récuser un à un tous les magistrats du Conseil, à la réserve de trois; d’autre part, certains conseillers, comme Villeray, se montrent peu désireux de pousser l'affaire; plusieurs prêtres de Montréal, comme les abbés Remy et Francheville, refusent de déposer devant le Conseil Souverain, surtout contre un confrère ; le premier aurait même tenu, sur le compte du gouverneur, des propos qu’il dut rétracter ensuite ‘; bref, les difficultés

1. Je suis ici la version particulièrement autorisée de l’abbé 497 ss, 2. Faillon, IT, 508, à Jug. du C, S., I, 817-871, passim.

4, Ar, col., M. S. M., Il, 334-345.

Faillon, I,

s'accumulent, et les plus résolus ont grande hâte d’en finir; le procès de Perrot, lié à celui de Fénelon, l’embrouillait encore; on décida de s’en remettre à la discrétion du roi, et c’est ainsi que l'abbé de Fénelon partit pour la France, avec Perrot, par les vaisseaux de 1674.

La Cour, dans l’un comme dans l’autre cas, donna en somme raison à Frontenac : l’abbé de Fénelon reçut un blâme de son supérieur général, Bretonvilliers : « pour s’être trop intrigué dans le monde et mêlé de ce qui ne le regardait pas, il avait gâté ses affaires et fait tort à celles de ses amis en voulant les servir. » Il ne revint pas au Canada. Quant à Perrot, quoiqu'il eût encore de puissants protecteurs, Colbert jugea qu’un exemple était nécessaire et le fit enfermer pour quelque temps à la Bastille. Cette incarcération d'ailleurs ne fut pas longue, car l’ordre d'élargissement immédiat est signé du 7 mai 1675 ?. — Mais, cette double satisfaction assurée au principe d'autorité, le roi déclare à Frontenac qu'il a été trop dur, en infligeant à un gouverneur dix mois de prison, et que Perrot retournera bientôt dans son ancien gouvernement *; pour ce qui est de l’abbé de Fénelon, il blâme aussi le gouverneur d’avoir tenté d’instituer contre lui une procédure criminelle; « il fallait le remettre entre les mains de son évêque ou du grand vicaire pour le punir par les peines ecclésiastiques »; heureusement, comme les prêtres du séminaire de Montréal sont animés des intentions les plus déférentes, « le différend est entièrement apaisé et ne peut pas tirer de conséquence ». En mème temps, le roi priait Fronterac de laisser aux ecclésiastiques toute liberté pour circuler sans passeport à travers la Nouvelle-France, et l’encourageait à continuer avec ardeur sa campagne contre les coureurs de bois ‘.

Frontenac avait vivement commencé l’œuvre de colonisation qui lui était confiée; il s'était révélé tout ensemble gouverneur et

1. Lettre au séminaire de Montréal, 7 mai 1675, citée p. Faillon, ILE, 551.

2, Bibl. de lArsenal, arch. de la Bastille, 12473, f° 29. L'ordre d'écrou ne figure pas dans les pièces qui subsistent de cette collection très mutilée. — La lettre de Colbert du 43 mai 4675 (Clément, III?, 590) dit que Perrot resta trois semaines à la Bastille.

3. Une réconciliation durable eut lieu certainement entre Frontenac et Perrot. L’intendant Duchesneau les met tous deux au même rang parmi ses ennemis (à Colbert, 43 nov. 1681. Ar. col., C.G. Can., V, 295). — Voir ci-dessous, chap. VI.

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