‹ Le comte de Frontenac [microforme]Chapitre 126 sur 395 · La Tour · texte numérisé non relu

La Tour

2, 1d., id, 154 Voix, 1, 310 ss,

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Il n’y avait en 1675 au Canada qu’une seule cure fixe, celle de Notre-Dame de Québec, érigée en 1664 par Mer Laval, alors évèque de Pétrée, et desservie par l’abbé Henri de Bernières; partout ailleurs, le service du culte était fait « par voie de mission », c'est-à-dire par des prêtres du séminaire ou par des religieux sans résidence attitrée, dont les tournées étaient réglées sans contrôle par l'évêque ou les supérieurs; les documents donnent parfois à ces ecclésiastiques le nom de curés; ce sont, en fait, des missionnaires ; l'évêque lui-même les appelait ainsi, pour les engager « à mieux conserver l'esprit de détachement et de zèle et à se souvenir de leur origine apostolique » !. Les habitants devaient payer une dime aux supérieurs du séminaire, qui la répartissaient à leur gré; mais, dès le principe, des protestations s'étaient élevées; la dime du treizième, fixée d’abord, parut trop lourde aux contribuables ; on l’abaissa de moitié; de plus, les terres nouvellement défrichées en furent exemptes pour cinq ans, etle prélèvement dut être fait sur le blé en grains et non en gerbes (1667). C'était rendre la dîme presque illusoire : le cultivateur rentrait son blé après la récolte, mais ne battait qu’au fur et à mesure de ses besoins; au printemps, le moment venu de s'acquitter envers les prêtres, il n'avait plus de grain, ou en avait consommé la plus grande partie ; le prélèvement d’une dîme régulière était, dans ces conditions, à peu près impossible ?; à diverses reprises le clergé tenta de faire rétablir les dimes au treizième, et sur les gerbes; mais le Conseil de Québec s'y opposa toujours et, sur appel, le Conseil du Roi lui donna définitivement raison (1707). Le séminaire ne recevait donc des habitants, pour assurer le service religieux, que des subsides très faibles; par lui-même il n’était pas riche, puisqu'il ne possédait au temps de La Potherie que 1300 livres de rente fixe, et les revenus de la seigneurie de Beaupré; c'était peu, pour toutes les charges qu'il avait assumées; car il s'était engagé à «nourrir et entretenir tous les curés, tant dans les cures que lorsqu'ils seraient appelés au séminaire, l’évêque ayant le droit de les retirer comme il jugeait à propos, et d’en faire venir de France aux frais de la communauté » %, C'était alors l’évêque qui,

{La Tour, Vie de M* Laval, 149.

2, Id, id,, 159, — Noir un résumé de la question des dimes dans Charle- Voix, 1, 310 ss.

% La Potherie, 1, 236-37.

de ses deniers ou bien à l’aide des dons du roi, comblait les insuffisances. Souvent, il se plaignait que le revenu des abbayes qui lui avaient été concédées fût trop médiocre pour parer à tous les besoins : l’abbé Dudouyt le déclarait au P. La Chaise ‘ ; l'abbaye de Maubec était, en effet, assez pauvre; mais celle d’Estrées en Normandie valait mieux, et quoique celle-ci, conférée personnellement à Laval par Louis XIV, n'ait été jointe à l'évêché par le pape que sous Mer Saint-Vallier ?, rien ne nous autorise à croire que Laval en réservât la rente pour son usage particulier.

Il reste que l’évêque était, pour tout le clergé séculier du Canada, le seul dispensateur des fonds; il surveillait le séminaire, qui per cevait les dimes; il répartissait à loisir ses revenus propres et les secours du roi; même le curé de Québec, dont la paroisse était anciennement constituée, relevait directement de lui comme grand vicaire; il n’y avait donc point de différence réelle entre ce clergé canadien et une congrégation de moines, où tout se règle à la discrétion du supérieur général. Les fondateurs du séminaire de Québec appartenaient, avant de passer en Amérique, à une société de Caen, dont ils conservèrent les principes, « grand système de désappropriation, sur lequel fut établie la communauté de biens, la dépendance du séminaire, l'union étroite, en un mot l'esprit et le gouvernement du clergé du Canada ? ». Il y avait donc là un organisme très simple, très fort, tout à fait indépendant; il n’est pas surprenant que Mer Laval ait tenté de s'en servir pour dominer le pouvoir civil dans la Nouvelle-France.

Colbert désirait très vivement diminuer l'autorité de l'évêqueen l'obligeant à créer des cures fixes avec affectation régulière des dîimes : « les cures amovibles, écrit-il à l’intendant, sont directement contraires aux canons des conciles, aux lois, ordonnances et usages du royaume »; dès qu’il y aura en quelque endroit les ressources nécessaires pour établir un curé, l’intendant doit inviter l’évêque à le faire; si l’évêque refuse, il en sera référé au roi, mais alors les habitants cesseront de payer la dimef, « Je vois bien, disait l'abbé Dudouytaprès une conversation avec le ministre 5, que l'on

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