‹ Le comte de Frontenac [microforme]Chapitre 135 sur 395 · Mém, de 1677, Margry, I · texte numérisé non relu

Mém, de 1677, Margry, I

ÿ. Voir Clément, III2, 577, 606.

même; à peine, en 1680, trois ou quatre propriétaires de fiefs, comme Sorel, Repentigny, Varennes, s’engageaient à garantir cinq cents livres par an à leur curé, si l'évêque voulait le fixer !; cette bonne volonté paraît exceptionnelle, et Frontenac, comme ennuyé de se heurter à l’apathie générale, ne dit plus rien désormais de la question; bien mieux, le 23 décembre 1680, jour où le Conseil doit s'occuper des dîmes, il ne vient pas à la séance, malgré l'invitation spéciale qu'il a reçue; on dirait qu'il est découragé d'engager à nouveau une partie que l'évêque doit gagner à coup sûr.

Il y aurait bien une manière de régler la difficulté, sans demander aux habitants ce qu’ils ne veulent pas donner : il suffirait que l’évêque consentit à doter les cures sur les fonds du séminaire après avoir fixé les curés, et c’est peut-être ce que Frontenac entend quand il dit qu’un curé sédentaire ne coûterait pas plus qu'un missionnaire ; mais ce serait exiger de Laval qu'il travaille lui-même à diminuer sa situation, ainsi que celle du séminaire, ni les administrateurs du Canada, ni la cour n’ont jamais explicitement formulé pareille proposition; d'ailleurs l’évêque avait, en 1680, donné tous ses biens à la compagnie des Missions Étrangères de Paris, demandant seulement qu’elle en employàt le revenu pour le séminaire de Québec; il n’avait donc plus rien à lui, et, même moins défiant du pouvoir civil, n’eût plus été maitre d'employer les fonds de son séminaire, puisque l'union de 1675 en avait confié la gestion aux supérieurs de Paris. En 1682 seulement, le séminaire de Québec recut le droit de disposer de ses revenus et de nommer son supérieur, sauf ratification de la maison mère ?. Le roi, d'autre part, aurait pu se charger entièrement de l'entretien des curés canadiens. Il n’en fit rien, Colbert jugeant sans doute inutile de grever les finances du royaume de dépenses auxquelles les habitants et le séminaire devaient fournir, en principe, sans aucune subvention métropolitaine; il ne songea pas non plus, semble-t-il, à faire répartir par un administrateur civil les sommes que le trésor donnait chaque année pour le service du culte dans la Nouvelle-France; cette libéralité, dont le montant variable était versé à l’évêque, était d’ailleurs toute précaire, el

1. Ar. col., M. S. M., IV. Ces documents sont des originaux. 2. La Tour, Vie de Laval, 103.

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1. 1, 342, Cf., La Tour, p. 149 2, La Tour, 1 3, Margry, I, 4. Lettre cité.

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l'allocation fixe de 8000, puis de 10 000 livres dont parle le P. Charlevoix ‘ doit se rapporter à l'époque de ME Saint-Vallier, qui n'avait point sur l’administration ecclésiastique du Canada les mêmes idées que son prédécesseur.

Un dernier moyen s'offrait de faire desservir toutes les cures canadiennes sans qu’il en coûtât rien au roi; les Récollets proposaient de remplir gratuitement les fonctions curiales dans toutes les paroisses où l'on voudrait bien les accepter. Revenus depuis peu d'années en Amérique, ces religieux avaient reçu quatre postes de mission : Trois-Rivières, l'ile Percée, au sud de l'estuaire du Saint-Laurent, la rivière Saint-Jean, enfin le fort Frontenac ?; ils avaient encore un petit couvent dans le bas Québec. Frontenac avait pour eux la plus grande bienveillance, il les louait de leur empressement à remplir les devoirs ordinaires du sacerdoce au milieu des Français; il les opposait souvent aux Jésuites, qui n’aimaient que les missions lointaines; il s’occupait, en qualité de syndic, de leurs affaires temporelles, car ces religieux ne pouvaient transiger eux-mêmes * : c’est à ce titre qu'il accepte en leur nom une concession de La Salle, au bord du lac Ontario (1677).

Tout modestes qu'ils fussent, les Récollets ne manquèrent pas d'exploiter la protection du gouverneur; ils agissaient à Paris dès 4677 pour faire agrandir leurs établissements, puisque Dudouyt ‘informe Laval de leurs démarches, lorsque une aventure arrivée à l’un des leurs, le P. Eustache Maupassant, retarda leurs progrès. Nous ne savons exactement ce que l’on put reprocher à ce Père, qui avait sans doute le tort principal d’être le directeur spirituel de Frontenac. La Tour parle d’un éloge funèbre, en chaire, du fils du gouverneur, tué en combat singulier, mais il ajoute que cette circonstance pouvait n'être point connue au Canada, ce qui enlève au discours du P. Eustache toute portée de scandale; il est donc plus vraisemblable qu'il s’agit de certains désordres de la maison du gouverneur, et du mauvais accueil qu'auraient recu des observations de l’évêché, par la maladresse

. |, 342. Cf., pour commenter ce passage qui n’est pas tout à fait précis, La Tour, p. 149 ss., et La Potherie, I, 236,

. La Tour, 199 ss. — Cf. Ar. col., M. S. M., III, 36. * Margry, I, 298. — Gosselin, II, 81.

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