‹ Le comte de Frontenac [microforme]Chapitre 163 sur 395 · FRET TO · texte numérisé non relu

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qu'ils ont bu; mais il ne vivait pas, comme les missionnaires, au milieu des indigènes, et les faits particuliers dont il était le témoin à Québec, à Montréal, même au fort du lac Ontario, n'étaient point à ses yeux assez redoutables pour justifier la prohibition totale du trafic des boissons. Puis, comme il était sûr que les sauvages, privés des eaux-de-vie françaises, iraient s'approvisionner auprès des Anglais, il lui paraissait que l’évêque intervenait à tort, au nom de la religion, dans une question politique que lui seul, gouverneur général, était qualifié pour résoudre. Nous avons dit avec quelle ardeur et quel succès, dans les premiers mois de son gouvernement, Frontenac avait poursuivi les coureurs de bois; il comprenait très bien de quels abus ils pouvaient être la cause, et l’abbé Faillon, qui ne lui est guère favorable, cite de lui diverses ordonnances, complétées dans le même sens par un arrêt du Conseil Souverain, en 14675 ‘. Le gouverneur interdisait l’ouverture de cabarets provisoires sur les routes par où les sauvages apportaient leurs pelleteries; il punissait également les indigènes pris en état d'ivresse et les colons qui leur avaient vendu de l’eau-de-vie en contravention avec les ordonnances. Quant aux coureurs du haut pays, c’eût été une folie d'organiser, comme Duchesneau le réclamait plus tard, une expédition militaire pour les réduire ?.

Les ecclésiastiques canadiens s'étaient, de tout temps, élevés contre la vente des eaux-de-vie aux sauvages; M# Laval, trop peu patient pour se contenter de demi-mesures, avait, dès 1669, institué, contre cette pratique, un cas réservé, c'est-à-dire soustrait au pouvoir d’absolution des confesseurs ordinaires. Était-ce bien le moyen de remédier au désordre du trafic des spiritueux, et l’ardent prélat, « qui continua toujours d’agir en ce sens avec une fermeté apostolique * », ne risquait-il pas surtout de troubler bien des consciences, sans obtenir les résultats souhaités ? En 1673, Frontenac aurait voulu profiter de ce que l’évêque se trouvait en France, pour poser les principes d’une entente définitive sur la traite des boissons ‘; mais M£' Laval, alors occupé des négociations engagées entre Paris et Rome pour l'érection de Québec en

4, Faillon, LIE, 443, 490.

2. Frontenac à Colbert, 6 nov. 19. Ar. col., C. G. Can., V, 9. 3. La Tour, 72.

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