‹ Le comte de Frontenac [microforme]Chapitre 165 sur 395 · Colbert à (p. 130) attribue 2, Ar, col., C · texte numérisé non relu

Colbert à (p. 130) attribue 2, Ar, col., C

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évèché, ne trouva sans doute point le temps de se prèter au désir qu'exprimait Frontenac; il revint au Canada, pius puissant qu'il n'en était parti, sans qu'aucun avis de la Cour l'eût, semble-t-il, engagé à montrer plus de modération. Aussi, dès son arrivée, proclama-t-il insuffisantes les restrictions apportées par le gouverneur au commerce des eaux-de-vie; tant que la traite serait tolérée, l’on ne pourrait empêcher les abus du trafic des spiritueux, car pas un coureur ne montait dans le haut pays sans en être approvisionné.

Ainsi l'évêque, alarmé des ravages de l'ivrognerie parmi les sauvages, aurait volontiers, pour y remédier, suspendu toutes les relations de la colonie avec les nations des Lacs, ou du moins en eût enlevé la surveillance au gouverneur général, à l'avantage des Jésuites. Il joignit donc, dès 1675, ses sollicitations à celles que l'intendant adressait à Colbert, et le ministre, cédant à ces instances, fit signer au roi l'ordonnance du 14 avril 1676, qui défendait au gouverneur de délivrer des congés sous quelque prétexte que ce fût. Sans doute Frontenac n’avait pas prévu que l'évèque et l’intendant, à peine arrivés, commenceraient cette campagne, car il n’eût pas manqué d'adresser à Colbert la contrepartie de leurs doléances, et celui-ci ne se füt pas décidé sans un supplément d'enquête. L'ordonnance de 1676 était, d'ailleurs, très maladroite ? : elle mentionnait que l'intendant, qui connaissait seul des affaires relatives à la société fermière des pelleteries, devait par voie de conséquence rendre des arrêts contre les coureurs de bois insoumis; Québec, Montréal, Trois-Rivières étaient, pour le trafic avec les indigènes, les seuls marchés autorisés. C'est dire que le ministre n'avait pas compris l'importance politique de la traite, puisqu'il en abandonnait la direction à un fonctionnaire de second rang, et que, si Frontenac n'imaginait quelque expédient, c'en était fait des relations libres du gouvernement avec les indigènes du haut pays.

Duchesneau se trouvait seul à Québec au moment de l’arrivée des vaisseaux de 1676; Frontenac était en voyage « au fort qui porte son nom, où les affaires qui regardent le bien de la colonie l'avaient obligé d’aller ». L'intendant s'empressa de porter l’ordon-

1. Colbert à Duchesneau, 1% avril 1676. Clément, III?, 608. Nicolas Perrot (p. 130) attribue aux rapports de l’intendant la décision de la cour. 2, Ar, col., C. G. Can., IV, 155; VI, 173.

nance royale au Conseil Souverain, mais là plusieurs magistrats objectèrent qu'il fallait attendre, pour l'enregistrement, le retour du gouverneur : l'affaire leur paraissait donc assez grave. Duches. ueau pourtant insista si bien que l'ordonnance fut enregistrée le 5 octobre, en l'absence de Frontenac, sous prétexte qu'il fallait en envoyer la nouvelle très loin et qu’on devait se hâter à cause de la saison. Quelle dut être l'irritation de Frontenac lorsqu'il revint à Québec, à la nouvelle de ce qui s'était passé, nous avons le droit de le supposer d'après ce que nous savons de son caractère. Si, par malheur, nous ne possédons aucune de ses lettres au ministre pour 1676, nous pouvons affirmer cependant qu’il écrivit de sa meilleure plume pour défendre ses droits de gouverneur général, car l’évêque, inquiet de conserver le terrain gagné, fit passer en France son grand vicaire, l'abbé Dudouyt, et cependant Colbert, malgré toutes les protections dont disposait à la cour cet ecclésiastique, n'hésita pas à lui donner tort. Il semble même qu'il veuille s’excuser auprès de Frontenac d’une décision qu'on lui aurait enlevée par surprise.

Dudouyt comptait beaucoup sur la loyauté de Colbert, car, disait-il, « lorsqu'on lui fait connaitre la vérité et la justice, il la rend ». Le grand vicaire ne se trompait pas sur le caractère du ministre mais, contrairement à ce qu'il souhaitait, il le trouva peu persuadé que la justice commandât, dans l'espèce, de déférer sans réserve aux vœux de l’évêque de Québec. Averti par Frontenar, Colbert recut assez froidement Dudouyt et lui demanda quelque temps pours’informer ; il consulta plusieurs avocats qui conclurent, à l'exemple de l’ancien intendant Talon, en faveur de la traite et les lettres qu’il adresse alors au Canada le montrent très décidé contre les revendications des ecclésiastiques ? : « la police générale d’un état, écrit-il, résiste en cela aux sentiments d’un évêque qui, pour empêcher les abus que quelque petit nombre de particuliers peuvent faire d’une chose bonne en soi, veut abolir le commerce d’une denrée qui sert beaucoup à attirer le commerce et les sauvages mêmes parmi les chrétiens orthodoxes comme sont les Français »; et ailleurs, parlant à Frontenac : « si les désordres signalés sont seulement commis par quelques particuliers de ces

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