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Le 26 avril 1681, le Conseil ajournait personnellement Perrot, gouverneur de Montréal, et plusieurs habitants, tous membres des principales familles de cette ville, Migeon, Lebert, d’Ailleboust, Boucher, Repentigny, Saint-Ours, La Valtrie, Verchères, Sainte-Hélène, Sorel, Brucy, Berthier, etc. Une décision de ce genre était, du Conseil de Québec à Montréal, une véritable déclaration de guerre : les griefs, assurément, ne manquaient pas, car, pour ces libres colons du poste avancé de la Nouvelle-France, les ordonnances royales ne comptaient guère. Mais Frontenac trouvait en eux, pour sa politique indigène, des auxiliaires dont il ne pouvait se passer; aussi, dès qu’il connut les intentions du Conseil, fit-il tous ses efforts pour empêcher les magistrats de prendre la direction de cette affaire.
Il avait accepté d’abord que deux d’entre eux fussent délégués à Montréal pour continuer l'instruction; mais il entendait présider la délégation, « en tant que besoin serait de prèter mainforte », disait-il. D'ailleurs, il n’admettait pas qu’on eût décerné d'ajournement contre Perrot, puisque le roi avait été spécialement saisi de son cas. Le Conseil réuni le 2 mai ne veut pas se soumettre : plutôt que de souscrire aux conditions de Frontenae, il préfère surscoir à l'exécution de l'arrêt du 26 avril jusqu'à réception des lettres du roi. L’intendant, alors, prend la parole; il expose que l'affaire est de la compétence exclusive du Conseil; La Martinière, dans sa dernière enquête, a constaté des faits graves; le seul moyen d'aboutir est de lui confirmer les pouvoirs qu’on lui
1. Ceci ressort des documents du Conseil, car nous n’avons pas la lettre de
Frontenac au ministre pour 1680.
2, Voir le chapitre précédent,
a précédemment confiés.-Le Conseil finit par se ranger à cet avis; La Martinière et le procureur général d'Auteuil, désignés, montent à Montréal !, où ils accumulent les procès-verbaux. Frontenac ne les avait point accompagnés, mais, dès les premiers jours de juillet, il était, lui aussi, parti pour Montréal. Plusieurs fois, avant de quitter Québec, il avait demandé communication du dossier des enquêteurs; mais on avait, à dessein, retardé la rédaction définitive, qui se trouva seulement prête, comme par hasard, dès qu'il ne fut plus là pour en prendre connaissance. Lecture en fut pour. tant donnée au Conseil, dans la séance du 14 juillet, et l'on décida que deux copies en seraient expédiées au roi, par deux vaisseaux différents ?. Entre temps, l'assemblée condamnait quelques coureurs de second ordre : Godefroy, Gerbault, Passart, Le Sueur étaient frappés de diverses amendes*; les trois premiers noms, inconnus d'ailleurs, ne nous apprennent rien, mais Le Sueur est un compagnon, un élève de Nicolas Perrot, qui se distinguera quelques années plus tard par ses voyages chez les Sioux { Cependant Frontenac, à Montréal même, avait appris qu'il était maltraité dans plusieurs des procès-verbaux lus au Conseil; on le dénoncait une fois de plus, sans doute, comme complice des coureurs de bois, Il écrivit donc qu'on lui envoyât le texte de ces actes. L'Assemblée résolut de lui donner satisfaction Ÿ, mais le gouverneur suspectait à juste titre l'authenticité des pièces copices qui lui parvinrent.
Les vaisseaux de France, en 1681, arrivèrent de très bonne heure; ils apportaient une nouvelle qui dut, sans doute, häter le retour de Frontenac à Québec : le roi par ordonnance du 2 mai précédent, venait d'accorder amnistie aux coureurs de bois et réorganisait le régime des congés. Le gouverneur avait-il sollicité cette amnistie? La correspondance officielle de 1680, dans l'état où elle nous est parvenue, n'est pas assez complète pour que nous puissions l'affirmer. La lettre du 30 avril 4681 dit pourtant que le roi choisit le parti de l’amnistie entre plusieurs qui lui étaient
1. D’après les listes de présence des membres du Conseil, leur voyage se placerait dans les derniers jours de mai et les premiers de juin (II, 538-595). 2. Jug. du C.S., II, 596.