‹ Le comte de Frontenac [microforme]Chapitre 213 sur 395 · Lettres 2, Ar, co · texte numérisé non relu

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ayant beaucoup étendu le cercle de ses relations indigènes, tout l'art de Frontenac était nécessaire pour maintenir, avec la paix entre les peuples, l’autorité de la France : le Canada, sérieusement attaqué, n'aurait pas pu se défendre ; les murailles du château de Québec tombaient en ruines, les portes en étaient défoncées; Frontenac avait, en 1679, avancé cinq mille livres pour réparations urgentes; l’intendant déclarait n'avoir rien en caisse pou: le rembourser, et le gouverneur se croyait tenu de remercier le ministre, comme d'une faveur particulière, parce qu’on lui avait fait payer ses appointements !. l’est donc de la part de la métropole l'abandon presque absolu; Frontenac fit si bien pourtant que, pendant les dix années de son premier gouvernement, tandis que La Salle atteignait les bouches du Mississipi, et du Lhut la région des sources de ce même fleuve, pas une guerre n’arrêta le merveilleux essor de la Nouvelle-France.

Les Iroquois étaient les intermédiaires obligés entre les établissements français et les nations du haut pays; rious ménager l'amitié de cette belliqueuse confédération, tel est le but que Frontenac s’est toujours proposé; son coup d'œil ne l’a point trompé sur la valeur singulière de cette région centrale; les Iroquois paisibles, on peut communiquer librement avec toutes les tribus des Lacs, en même temps que l’on ferme la route aux Anglais ; les Iroquois hostiles, les mêmes facilités dont nous sommes aussitôt privés, s'offrent à nos rivaux; ce peuple, par toutes les campagnes précédentes, s’est assuré dans l'Amérique du Nord une situation prépondérante; un gouverneur avisé doit tenir compte des avantages ainsi conquis. L’Iroquois n’a pas peur des Français, écrit le P, de Lamberville à Frontenae; il se jettera sur le Canada dès qu’on lui en donnera sujet *. L'adresse du gouverncur à été de prévenir toujours ce conflit, sans jamais rien sacrifier de sa dignité.

L'établissement de La Salle au fort Frontenac avait certainement développé les rapports de voisinage des Français avec les lroquois; le gouverneur général avait pris l'habitude de monter au fort presque tous les ans, comme il le rappelait, en 1682, au moment des plus grandes difficultés, à l'ambassadeur iroquois

1. Lettres au ministre, Ar. col., G. G. Can., V, 5, 62; VI, 49. 2, Ar, col., G. G. Can., V!, 417.

Téganissorens ‘; il y avait noué des relations personnelles avec plusieurs chefs, notamment Garakonthié, depuis longtemps converti au christianisme, et qui mourut probablement vers la fin de son premier gouvernement ?; il avait, à la manière indigène, adopté pour fille la sœur de Tégarissorens. Ces voyages réguliers au fort étaient des plus nécessaires au maintien de la paix entre Français et Iroquois; ceux-ci, en eflet, devenaient tous les jours plus dangereux ; depuis leur victoire sur les Andostagués, les plus tenaces de leurs ennemis, ils montraient une grande insolence; les Tsonnontouans, surtout, parlaient d'attaquer nos alliés, puis les Français eux-mêmes; ils déclaraient vouloir détruire le fort du lac Ontario ; ils menaçaient de mort leur missionnaire, le P. Garnier. Dans l'hiver de 1675-1676, ils envoyèrent une ambassade aux Hurons de Michillimackinac, pour solliciter leur concours dans une expédition contre les Nadouesioux. « Nous craignons, écrivait à ce propos un missionnaire, que sous cette belle apparence, ils ne cachent un autre dessein, qui est d'attirer en leur pays tous nos sauvages. » Après chaque campagne, ils réparaient leurs pertes par des adoptions; en deux ans, d’après le P. de Lamberville, ils auraient ainsi gagné neuf cents guerriers”. Il est donc indispensable de vivre en bonne intelligence avec ces puissants voisins, sans pourtant leur laisser supposer qu'on les redoute ; une guerre avec eux n'aurait pas été seulement, comme le disaient les Pères, la ruine des missions pour de longues années; Frontenac «en prévoyait les mauvaises suites, sachant que, si une fois elle s’allumait, on ne l'éteindrait pas de sitôt * »; et le Canada ne disposait point de ressources suffisantes pour la soutenir longtemps.

Au fort Frontenac, Français et Iroquois se mélaient sans cesse, sans méfiance les uns des autres : dans l'été de 1682, La Forest, qui commandait au fort, traversait le lac Ontario pour aller réclamer chez les Onnontagués la restitution de marchandises volées; or à ce moment, la guerre semblait prochaine; la démarche de La Forest indique pourtant qu’on ne considérait point comme dérai-

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