‹ Le comte de Frontenac [microforme]Chapitre 255 sur 395 · DENONVILLE, GOUVERNEUR GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DENONVILLE, GOUVERNEUR GÉNÉRAL

d'une grande famille dauphinoise, Saint-Valli: : n'était encore âgé que de trente-deux ans; aumônier du roi depuis 1676, il avait étonné certains ecclésiastiques vieillis à la Cour par la fougue d'un aèle réformateur qui méprisait les hypocrisies de l'étiquette; au moment où Mg Laval vint en France, bien décidé à se faire donner un successeur, des amis qu’il consulta lui représentèrent Saint-Vallier comme « un peu trop ardent, soit pour sa propre perfection, soit pour y porter les autres ». Laval n’en choisit pas moins le jeune prêtre, et Saint-Vallier, qui avait refusé les sièges épiscopaux de Tours et de Marseille, accepta celui de Québec. Pendant la traversée, puis à terre, au chevet des soldats malades, il fit preuve de la plus vive charité; sa bienfaisance empressée, mais toujours discrète, fut très appréciée de la société canadienne !. instruit, sans doute, des desseins du ministre sur l’Église de la Nouvelle-France, Saint-Vallier s’occupa, dès son arrivée, de fixer les cures ; à cet effet, il accomplit avec l'intendant Meulles une tournée générale dans les paroisses, et dès le mois de septembre 1685, avait décidé la fixation de quarante cures avec portion congrue de quatre cents livres; l’intendant, rendant compte au roi de ces décisions, ajoute que les dimes sont loin de produire les sommes nécessaires et que le trésor y devra pendant longtemps ajouter dix mille livres chaque année. Pourquoi le projet de Saint-Vallier ne recut-il pas d'exécution ? Opposition du séminaire ? Pauvreté des finances royales? Malgré ses premières intentions, le prélat ne signa point de nomination de curé de 1685 à 1692, et dans l'intervalle, au cours d’un voyage qu'il fit en France, une seule nomination fut faite par le séminaire, celle de abbé Dupré à la cure de Notre-Dame de Québec fixée depuis 1664 ?,. Cependant, la bonne volonté du nouvel évêque est manifeste; Meulles écrit à la Cour qu'il entretient les meilleures relations avec les Récollets et les emploie souvent pour les missions. Saint-Vallier ne rêvait point pour la Nouvelle-France, comme Laval, un régime presque monastique ; tout en reconnaissant les services des religieux, Jésuites, Sulpiciens ou Récollets, il eût souhaité la présence d'un clergé séculier plus nombreux et n'aimait guère

1. Voir ME Saint-Vallier et l'Hôpital général de Québec, p.p. les religieuses de cet hôpital, passim.

2. Mandements.. 1, 564, — Meulles à la Cour, 28 sept. 1685, Ar. col., M. S. M, Mém. 190.

à voir les curés étroitement soumis, d'après les principes de ME Laval, au séminaire de Québec : de là, quelques discussions qui lui suscitèrent des ennemis, et l’obligèrent à passer plusieurs fois en France pour se défendre contre des accusations envoyées à la Cour. Quelques-uns lui reprochaient de vouloir conduire son diocèse comme ceux de France".

Sur les questions de discipline, Saint-Vallier était aussi sévère que son prédécesseur : ses premiers mandements sur « la vénération due aux églises », sur « la modestie avec laquelle les fidèles doivent assister aux oflices », ses écrits au gouverneur et à Me de Denonville touchant « les festins, le bal et la danse, les comédies et autres déclamations », en portent assez témoignage ?. De son côté Denonville, très pieux, n’agissait jamais que de l’aveu des ecclésiastiques; il était particulièrement sévère contre les abus de l’ivrognerie, et signalait à la Cour les désordres de quelques jeunes gens, qui vivaient publiquement à la manière des indigènes, « se mettant en habits de sauvages tout nus (sic), débauchant les femmes et les filles, et donnant l'exemple de tous les excès »; il demandait au roi d’édicter contre eux des peines rigoureuses, pécuniaires ou même corporelles ?.

Il ne paraît pas pourtant qu’à cette époque les habitants se soient plaints du régime austère auquel les auraient contraints les chefs de la colonie; c’est que le gouverneur s'inquiète surtout de préparer la lutte contre les Iroquois, tandis que l’évêque médite des réformes et parcourt, avant de les inaugurer, l'immense étendue de son diocèse, sans excepter l’Acadie ‘. Il y a donc alors, après les querelles qui ont passionné l’époque précédente, une accalmie; non sans doute que le clergé canadien soit moins strict que naguère à blâmer la dissipation, mais parce que d’autres questions s'imposent plus immédiatement à l’attention de tous : Denonville a été envoyé comme chef militaire, pour réduire les Iroquois ; d'autre part l’évêque commence à se sentir prisonnier des collaborateurs qu'il avait cru d’abord diriger sans obstacles, et ces soucis d'ordre intérieur lui prennent le meilleur de son

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