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Les fautes de La Barre avaient rapproché les Iroquois des Anglais et, sans l’insolence des prétentions de Dongan ou de ses envoyés, une alliance formelle eût été certainement conclue entre les deux nations; Denonville arrivait avec la mission, s’il en était temps encore, de rompre l'entente anglo-iroquoise, et de soumettre les Cinq-Nations pour couper les communications de la côte anglaise avec nos alliés du haut pays. Le nouveau gouverneur s'acquitta d’abord de sa tâche avec intelligence; il eût peut-être réussi plus complètement, s’il n’eût trop compté sur l'intervention de la Cour ; Louis XIV s’imagina, dans son ignorance des conditions vraies des deux colonies rivales, que des négociations entre Londres et Paris résoudraient les diflicultés pendantes en Amérique; il ne laissa pas une assez grande liberté au gouverneur de Québec; mais, dans les limites de son initiative et dans l’exécution des plans qui lui étaient imposés, on ne peut méconnaitrs que Denonville, au début du moins, ait fait preuve de prévoyance et d'activité.
Dans son mémoire de novembre 1685, le gouverneur montrait déjà ses inquiétudes : « Il est bon de voir, disait-il, si l'Anglais n'est pas aussi et même plus à craindre que l’Iroquois, et si nous ne devons pas prendre autant de soin de nous en garantir »; et Denonville donne les raisons de ses craintes : les Anglais ont des ports toujours libres, trois grandes villes, Boston, New-York et Orange; leurs pêcheries sont prospères et s'élendent même aux côtes de l’Acadie; moins exigeants que les Français dans leurs relations avec les sauvages, ils accaparent peu à peu le commerce des Lacs et même, par leurs nouveaux établissements de la baie d'Hudson, celui des pays du nord. Le plus sûr remède serait l'acquisition de New-York; la France s’assurerail ainsi le domaine des lroquois, sans faire la guerre !. — L'intendant Meulles est encore plus précis : il faut, dit-il, acheter Orange et Manhatte, et sans retard; en effet, les circonstances sont favorables, et « la France ne sera pas toujours en situation de traiter avec un prince aussi accommodant que le duc d’York; il pourrait arriver des conjonc-