‹ Le comte de Frontenac [microforme]Chapitre 262 sur 395 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

situation des Français contre les Anglais. En 1684 déjà, l’intendant proposait de faire reconnaitre toute l’Acadie, encore mal explorée, par de petits groupes de Canadiens et de sauvages ; Denonville, un peu plus tard, vantait les ressources de ce pays, et regrettait que, au lieu de défricher, les trop rares habitants français ne voulussent faire que la traite; la pêche si facile et si fructueuse était presque toute aux mains des Anglais de Boston, et souvent les gouverneurs français s’entendaient avec eux. La Vallière, qui commandait à Port-Royal au début de l’administration de La Barre, donnait fréquemment des permissions de pêche à des capitaines anglais *; La Barre ne l'ignorait pas et l'usage s’en était si bien établi que Denonville, en prenant possession de son gouvernement, demandait à Seignelay s'il fallait ou non continuer cette pratique. Le roi pourtant l’avait absolument condamnée : en 1684, quelques bateaux anglais pris en contravention, avaient été conduits à la Rochelle, et leur chargement confisqué ; mais les profits étaient tels et les chances de surprise si rares, par l’incurie ou la complicité des fonctionnaires français d’Acadie, que la colonie restait en relations bien plus fréquentes avec les établissements anglais qu'avec le Canada français. Il eût été nécessaire, pour corriger cette anomalie, d'ouvrir une route entre Québec et Port- Royal ; on l’eût parcourue en huit jours, et Meulles venait d'étudier, pour en assurer l’entretien, un curieux projet : on donnerait sur le tracé des concessions de quatre en quatre lieues avec obligation pour les bénéficiaires de les tenir en communication deux à deux; plus tard, on placerait de loin en loin des relais avec des chevaux de louage, comme dans la Nouvelle-Angleterre; c'est, croyons-nous, la première fois qu’un document canadien français parle de la création d'une route de poste *.

Deux mois après l’arrivée de Denonville, Meulles était parti, accompagné du conseiller Peyras, pour une tournée en Acadie *; d'après un recensement dressé par ces deux commissaires, la colonie comptait alors 885 âmes: elle disposait seulement de 222 fusils, avait 986 bêtes à cornes, et la superficie du sol labouré n'atleignait pas 900 arpents. Depuis 1684 le gouverneur résident

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