Jug. du C. $., I, 353. — Cf. p
3. Lettre du 8 août 1688. Ar. col., C. G. Can., X, 122, 4. Margry, V, 42. — La Hontan, loc. cit.
commandant; un vaillant Canadien, Saint-Pierre de Repentigny, se dévoua; par grande chance, il ne tomba pas aux mains des partis iroquois qui battaient le pays, et put remettre à Valrennes les lettres de Denonville. Le gouverneur semblait prendre à regret une résolution si grave : « Vous pourrez, disait-il à Valrennes, reculer ou avancer votre départ selon l'état de votre garnison, les vivres que vous aurez, et la santé de vos hommes, » Volontiers, Denonville aurait conservé les bâtiments construits par La Salle, mais, dans la crainte que les Anglais n’arrivassent pour occuper le fort abandonné, mieux valait tout détruire. Valrennes attendit jusqu'à la fin d'octobre; alors seulement, il prépara son départ : les provisions de réserve, les munitions furent jetées dans le lac; on coula trois grandes barques affectées au service du fort; on raina les ouvrages de pierre et l’on alluma les mèches au dernier moment; après quelque temps de marche, Valrennes et ses hommes entendirent un grand fracas; ils ne doutaient point, en arrivant à Montréal, que tout n’eût sauté; quinze jours de plus, et Valrennes recevait le contre-ordre que Frontenac, de retour dans son ancien gouvernement, s'était hâté de lui expédier; mais, à deux heures de Montréal, le messager du comte rencontra les canots qui arrivaient du lac Ontario !. Tout était bien fini; Frontenac avait à recommencer tout entière l’œuvre de dix ans d'efforts.
Deux groupes, au loin dans l’ouest, représentaient encore l’ancienne extension de la Nouvelle-France : les postes de Michillimackinac et de la baie des Puants d’un côté, ceux des Illinois de l’autre. À Michillimackinac, La Durantaye et les Jésuites se maintenaient difficilement, parmi les intrigues des Hurons, des Outaouais et des Sauteurs. On peut en croire La Potherie qui ne signale pas, si l'évidence ne s’en impose, les résultats désastreux des fautes de Denonville ?. Nicolas Perrot, à l’ouest du Michigan, poursuivait ses expéditions à la tête d’une bande de coureurs; le 8 mai 1689, en présence du P. Marest, Jésuite, de Boisguillot, de Le Sueur et de quelques autres Français, il proclamait la prise
1. Mèém. 1682-1712, p. 108: — Lettres de Frontenac, 15 nov. 1689; de Champigny, 16 nov. Ar. col., C. G. Can., X, 217, 244. — La Hontan, lettre
2, La Potherie, II, 231.
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de possession au nom du roi des pays de la baie des Puants, de la rivière Ouiskouche (Wisconsin), du Mississipi et des Nadouesioux !. Mais ces succès perdaient toute valeur, du moment que les communications n’étaient plus libres avec le bas Saint- Laurent. Aux Illinois, la situation de Tonty n’était même point si bonne. Au printemps de 1688, on avait signalé à Michillimackinac puis à Québec, le passage de l'abbé Cavelier, frère de La Salle et d'un autre des compagnons du découvreur, Joutel; mais tous deux avaient ;;ardé le silence sur le sort du chef de l'expédition, voulant apprendre au ministre le premier la mort de La Salle, assassiné le 19 mars 1687. On ignorait donc cette nouvelle, en 1688, aussi bien à Québec qu'aux Illinois. A la Cour, dès 1688, on avait pensé que La Salle s'était perdu, puisque Seignelay, qui l'avait naguère soutenu, permettait aux administrateurs du Canada de révoquer Loutes ses concessions, et d'y pourvoir comme de besoin ?; au même moment, Tonty et La Forest demandaient à Denonville la propriété du fort Saint-Louis; c’est sans doute qu’ils ne croyaient pas, eux non plus, que La Salle vécût encore. Mais lorsque en 1689 le ministre, instruit de la mort de La Salle et renonçant au bénéfice de ses découvertes, prescrivit aux administrateurs de rappeler les Français des Illinois, il est douteux que son ordre pôt parvenir jusqu’au fort Saint-Louis; car Tonty, malgré de petits succès de partisans, était réduit à souhaiter pour 1690 un chemin libre : c'est donc qu'il était bloqué par les lroquois, ou à peu près *.
Tel était le bilan du gouvernement de Denonville : la Nouvelle- France démembrée en tronçons, les Iroquois et les Anglais enorgueillis par leurs succès, nos anciens alliés méfiants et prêts à nous abandonner. Ce gouverneur ne manquait pas de qualités, mais c’était l'homme d’une seule idée, et son idée, la guerre aux lroquois, était grosse de dangers. La Cour, émue sans doute des doléances de Callières, renvoie enfin Frontenac au Canada;
1, Voir Ed. Tailhan, notes, p. 304.
2, Lettre du 8 mars 1688. Ar. col., G. G. Can., X, 17.
8. Sur la fin de l’entreprise de La Salle et la situation de Tonty en 1689, voy. nombreux documents dans Margry, IL, 549-550, 564, 577, 600; V, 36. — Cf, La Hontan, 1, 114. Les aventures extraordinaires que cet auteur raconte dans sa lettre XVI, sans que rien d’ailleurs nous confirme ses dires, rendent assez suspecte la partie de son livre qui traite de cette période (hiver 1688-6té 1689).
Denonville, de retour en France, est nommé sous-gouverneur du duc de Bourgogne !; son caractère le rendait digne d’une fonction de ce genre, mais il n’était pas à la hauteur d’une tâche toute politique, comme la direction d'une grande colonie; ni ses vertus privées, ni même les réels succès des premiers mois de son séjour ne peuvent nous laisser oublier les fautes qu’il commit ensuite, car c’est la Nouvelle-France qui en a subi le châtiment.
1, La Potherie, II, 233.